Catégories
Non classé Promotion des systèmes semenciers paysans

CAUSERIES PAYSANNES A FOTOUNI : Conserver les Semences Locales pour une Agriculture Durable et Résiliente.

Le 23 juillet dernier, le groupement de FOTOUNI,  niché au cœur du Département du Haut-Nkam, dans la région de l’Ouest du Cameroun, a été le théâtre d’un événement majeur pour le développement agricole local : Les Causeries Paysannes. Organisées par le Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD), cette rencontre cruciale s’est déroulée sous le thème percutant : « Pour des semences paysannes caractérisées et productives». Cette activité a réuni une centaine de personnes constituée des agriculteurs, experts agronomes, chercheurs, et acteurs de la société civile, représentants des autorités locales et surtout la présence active du roi  des Fotouni, sa Majesté FONDJO, 12è roi de la dynastie. Tous animés par la volonté commune de valoriser et de renforcer les semences locales, considérées comme le pilier de la souveraineté alimentaire, nutritionnelle et de la résilience agricole face aux défis actuels.

Un Contexte Crucial : La Sauvegarde d’un Patrimoine Agricole Vital.

Les semences paysannes représentent un héritage inestimable, fruit de générations de savoir-faire transmis de bouche à oreille, de main en main. Elles sont l’expression vivante d’une sélection ancestrale, adaptée aux spécificités des terroirs, aux conditions climatiques locales changeantes et aux préférences culturelles des communautés. Ces semences incarnent la biodiversité agricole, en offrant une résilience naturelle aux maladies endémiques et une adaptabilité précieuse face aux aléas environnementaux que présentent les changements climatiques actuels.

Cependant, l’avènement de l’agriculture industrielle, la promotion agressive de semences hybrides et génétiquement modifiées, et la commercialisation croissante des intrants ont exercé une pression considérable sur ce patrimoine. De nombreuses variétés locales ont disparu, entraînant avec elles une partie du savoir-faire paysan et une érosion génétique préoccupante. Cette tendance met en péril non seulement la diversité agricole, mais aussi la souveraineté alimentaire des communautés. C’est dans l’optique de faire renaître ce patrimoine génétique local en voie de disparition que le RADD, organisation de la société civile camerounaise s’est lancée depuis 2020, dans la Promotion des Systèmes Semenciers Paysans (PSSP) à travers plusieurs initiatives telles que : les plaidoyer, les Causeries Paysannes (CP) le tout couronnée par l’organisation chaque année, la Foire des Semences Paysannes du Cameroun ( FOSPAC) mutée en Foire des Semences Paysannes de l’Afrique Centrale (FOSPAC) en sa cinquième édition. Entre les différentes éditions des FOSPAC, le RADD a pensé à regrouper régulièrement dans une localité motivée tous les acteurs impliqués dans ce processus pour  continuer des discutions autour d’un thème en vue de maintenir la flamme d’où la tenue des Causeries Paysannes.

Le choix de FOTOUNI pour abriter les CP

La zone des hauts plateaux qui couvre les régions  de l’Ouest et du nord Ouest au Cameroun est fortement impliquée dans la promotion agressive de semences hybrides. La commercialisation et  l’utilisation croissante des intrants chimiques de synthèse dans cette partie du pays donc le but principal est la recherche effrénée de la production ont et continue d’exercer une pression considérable sur le patrimoine génétique local dans cette zone depuis des décennies en dépit des conséquences multiples que ces produits entraînent. C’est pour renverser la tendance que, la MFR ( Maison Familiale Rurale de de Tchoufie) dans le groupement de Fotouni, région de l’Ouest a pris conscience de cet état de choses a commencé à travailler et développer l’ agro écologie. Entre temps, les membres de la MFR et le RADD ont développé des partenariats qui ont abouti à des visites mutuelles, et la participation active de la MFR à la formation des leaders ruraux sur la gestion des CSP tenue à Essé en novembre 2024 et à la FOSPAC6. Le dynamisme et la volonté manifeste de son Responsable administrative chargée de la communication en la personne de Mlle Sorelle de voir sa localité accueillir une activité du RADD et abriter une CSP, d’où le choix de FOTOUNI accueillir lesdites CP qui ont eu pour objectif fondamental : Renforcer les capacités des producteurs dans la promotion des systèmes semenciers paysans, en mettant l’accent sur la caractérisation des semences paysannes pour leur préservation durable, levier d’une agriculture durable et de la souveraineté alimentaire afin d’inverser cette dynamique sur les semences conventionnelles et leur corolaire, et de redonner aux semences paysannes la place centrale qu’elles méritent dans les systèmes agricoles contemporains.

Entrée de la chefferie de Fotouni

Une Journée d’Échanges Fructueux et d’Apprentissages Concrets.

La journée a démarré sous une fraîcheur glaciale, mais dans une atmosphère de convivialité d’enthousiasme et de fête. La mise en place, l’arrivée et l’installation des participants et des exposants sur les tables qui leur ont été dédiées. La délégation venue de Yaoundé arrivée à la veille était constituée des responsables des CSP déjà créés et les membres du RADD a bénéficié d’une visite guidée dès les premières heures de la matinée pour visiter les installations et des réalisations de la MFR sous la houlette de son Président en matière de réalisations agroécologiques notamment sur l’élevage des porcs , lapins, des escargots, des hannetons,   l’agriculture, les fabrications des bio-intrants.  Pendant cette visite de terrain, les échanges entre les participants ont été très fructueux.

Participants attentionnés lors des exposés

La suite des activités s’est déroulée dans la salle des fêtes du CODEFO ( Comité de Développement de Fotouni). Après l’accueil et l’installation des autorités compétentes, l’exécution de l’hymne national s’en est suivie puis la  prise de parole où nous avons eu l’intervention de :

–          La Directrice de la MFR de TCHOUFIE qui a souhaité la bienvenue aux participants tout en insistant sur le choix porté sur la structure dont elle est la directrice pour organiser au niveau local lesdites CP ;

–          Le Secrétaire Général du CODEFO (comité de développement de Fotouni) ;

–           La Secrétaire Général d’ACODEB ;

–          Le RADD

–          Le Délégué d’arrondissement de l’agriculture et du développement rural de Bandja.

Tous ont exprimé leur gratitude au RADD. Dans leur différente prise de paroles, ils ont présenté les structures dont ils représentent, leur objectifs missions . Ils ont prié les participants d’être attentifs aux travaux.

Après avoir suivi les différentes allocutions,  Monsieur Yene Hervé au nom du RADD a remercié les organisateurs pour l’accueil chaleureux qui  a été réservé à toutes les délégations qui ont fait le déplacement. Il a ensuite présenté  clairement le RADD et ses différentes missions en insistant sur les quatre axes d’actions ou programme sur lesquels il travaille tant au niveau national, régional voire international. Il a rappelé à l’assistance que c’est sur le cadre du programme de promotion des systèmes Semenciers Paysans que nous sommes rassemblés à Fotouni.

Quelques temps après, le chef de Fotouni a rejoint l’assemblée. Après lui avoir fait un bref résumé de toutes les articulations depuis la matinée, il a été invité à prononcer son mot.

Dans sa prise de parole, le Roi des Fotouni a remercié toutes les délégations présentes pour avoir fait le déplacement pour Fotouni, en indiquant que Fotouni est actuellement la capitale mondiale des semences paysannes car, tous les regards des acteurs du monde rural sont tournés vers sa localité, puis a montré tout son intérêt pour cette thématique très importante et actuelle . Il reste attaché et adhère à toutes les initiatives et les valeurs de promotion d’ une agriculture durable et saine. À la suite de ses prédécesseurs, il a invité les participants à être attentifs aux enseignements qui seront discutés. En langue maternelle pour une meilleure compréhension, il s’est entretenu avec les siens et demandé à l’équipe de coordination qui sera installée à faire de la case semence paysanne de Fotouni, une référence. Il a, à la fin de ses propos déclaré ouvertes, les Causeries Paysannes de Fotouni.

Une exposition de SP grandeur nature et visite de stands

Après la phase de photos de famille, la visite guidée des stands a commencé sous le regard vigilant et attentif du roi des Fotouni et sa suite. D’étals en étal, le chef a visité et les visiteurs ont touché, écouté posé des questions aux exposants venus des huit CCSP, des partenaires, tels que INADES FORMATION-Cameroun, CPF de Mbouo, de la MFR et experts sur tous les aspects liés aux SP. On y trouve sur les tables, les différentes spéculations : des graines et pépins conditionnés différemment certains dans des bocaux, d’autres dans les sachets, du papier et autres bouteilles ; des épis de maïs multicolore, des boutures, des fruits, des plants de plusieurs essences et certains produits transformés issus de ces semences. Cette diversité Semencière ou a dénombré une certaine de variétés a donné un éclat particulier à cette articulation qui s’est achevée par une pose de sa Majesté ou il ‘S’Engage dans la PSSP.

Ateliers Pratiques de caractérisation et restitution s.

L’après-midi a été consacré à des ateliers pratiques, permettant aux participants d’appliquer concrètement les connaissances acquises. Quatre groupes d’atelier ont été formés pour travailler sur les techniques simples de caractérisation. Cela a permis aux paysans d’apprendre à observer et à noter les caractéristiques morphologiques des plantes (taille, forme des feuilles, couleur des fleurs), leur résistance aux ravageurs et maladies, et leur comportement face à la sécheresse. Ces données, une fois compilées, constituent une base précieuse pour prendre des décisions éclairées sur les semences à conserver, multiplier et diffuser. L’accent a été mis sur quatre spéculations à savoir : le maïs, l’arachide, le Folong ( Amarante) et la tomate 🍅 cerise.

Lors de la restitution des travaux en groupes, d’autres méthodes de conservation des semences ont été énumérés. Les participants ont appris à des astuces de stockage , sélection, conditionnement simples mais efficaces des semences paysannes en utilisant des matériaux locaux pour protéger les semences de l’humidité, des rongeurs et des insectes. L’importance du séchage adéquat avant le stockage a été également soulignée.

Les échanges ont été particulièrement riches lors des sessions de questions-réponses et des débats. Les agriculteurs ont exprimé leurs préoccupations . Les experts présents  et les représentants du RADD sous la coordination de Mme Akono qui a animé cette session ont apporté des éléments de réponse et des pistes de solution.

Des Témoignages Inspirants des responsables des CSP

Un moment fort de ces causeries a été la série de témoignages poignants de paysans et paysannes qui ont réussi à préserver et à valoriser leurs propres variétés de semences. Il s’agit  des responsables des CSP de Mvogzé, Essé ville, Mbenoa, Matomb, Bikok Nanga-Eboko Mvan et de Mgbwakomba. Tour à tour, chacun des leaders s’exprimait à propos. Les déclarations ayant plus attirées notre attention restent celle de

Mme Olinga Léonie, agricultrice chevronnée de Mbenoa a raconté avec passion comment sa famille a conservé une variété de d’arrachide depuis plusieurs décennies et particulièrement adaptée aux sols , affichant un rendement stable même en période de pluies irrégulières. Son témoignage a mis en lumière l’importance de la transmission intergénérationnelle du savoir-faire et la passion inébranlable pour la terre.

Madame la SG de la CSP de Mvogzé, agricultrice et  productrices des arachides, a partagé son expérience sur la production des arachides, comme leurs Semences phares dans leur banque communautaire. Grâce à cette initiative, elles ont pu collecter et conserver une quinzaine de variétés d’arachides qu’elles échangent régulièrement  en leur apportant un revenu réel et réduisant ainsi leur dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et renforçant l’autonomie de leur communauté. Ces témoignages n’ont pas seulement inspiré ; ils ont prouvé que la valorisation des semences paysannes n’est pas une utopie, mais une réalité tangible et un chemin concret vers l’autonomie et la résilience agricole. Ils ont également souligné le rôle crucial des femmes dans la conservation et la gestion des semences paysannes dans la localité.

Installation du Comité de gestion de la CSP de Tchouvie- Fotouni.

Pour passer de la parole à l’acte, le comité de gestion de la CSP de Fotouni a été installé. En amont, une présentation générale sur la nécessité d’une CSP , le rôle, les missions et la gestion de celle-ci a été faite par Mme Akono, coordinatrice des CSP au sein du RADD. Elle a également défini clairement le rôle et les missions de chacun des membres du bureau de gestion qui est composé pour un départ de cinq responsables à savoir :

–          Une Présidente ;

–          Une SG ;

–          Une trésorière ;

–          Un animateur ;

–          Un chargée de communication.

En prenant leur fonction, les responsables ont été appelés à se mettre résolument au travail en mettant l’accent sur la sensibilisation continuelle afin de rendre vivante cette première CSP créée dans la zone des hauts plateaux de l’Ouest du Cameroun. Progressivement , le bureau se fera complété a souligné Mme Akono.

Vers une Agriculture Durable et la Souveraineté Semencière et alimentaire

Les Causeries Paysannes de FOTOUNI ont clairement mis en lumière la nécessité d’une approche holistique pour la promotion et la protection des semences paysannes. Au-delà des aspects techniques et agronomiques, il s’agit d’un enjeu majeur de souveraineté alimentaire, de préservation de la biodiversité et de justice sociale. Les semences paysannes ne sont pas de simples intrants agricoles ; elles sont un patrimoine commun, un héritage culturel et une garantie pour l’avenir des communautés.

L’initiative du RADD à FOTOUNI a démontré de manière éloquente que les solutions aux défis agricoles ne résident pas toujours dans les systèmes complexes et coûteux prônés par les multinationales , mais souvent dans la valorisation des savoirs ancestraux et l’autonomisation des communautés rurales. Les semences paysannes, une fois caractérisées et bien gérées pour leur productivité, sont le socle d’une agriculture résiliente, capable de nourrir durablement les populations et de préserver les écosystèmes fragiles.

Vers une souveraineté alimentaire

Conclusion :

En clôturant cette journée mémorable, les représentants du RADD ont salué l’engagement exemplaire de tous les participants et surtout la forte mobilisation des participants et surtout l’implication personnelle de l’autorité traditionnelle et ont réaffirmé l’importance de poursuivre ces efforts de sensibilisation, de formation et de plaidoyer. Les Causeries Paysannes de FOTOUNI ne sont pas une fin en soi, mais un jalon important. Elles appellent à une mobilisation continue pour que les semences paysannes retrouvent leur place d’avant et légitime au cœur des systèmes agricoles dominés par les systèmes conventionnels, garantissant ainsi un avenir où l’alimentation est non seulement abondante, mais aussi saine, diversifiée et issue d’un respect profond de la terre et de ses gardiens, les paysans. Le message est clair et retentissant : protéger les semences paysannes, c’est protéger notre avenir, notre souveraineté et notre culture.

On pouvait également lire les différents messages sur les pancartes portés par les participants : « Souveraineté Semencière et alimentaire, mère de la souveraineté politique » ; Soyons souverains de notre alimentation ! Semence paysanne, notre identité ; stop UPOV…

Le succès de cette initiative à FOTOUNI ouvre la voie à d’autres actions similaires et sollicitations à travers la région et le pays, démontrant que les communautés, avec le bon accompagnement et les bonnes informations, sont les véritables acteurs de leur propre développement agricole et de leur souveraineté alimentaire.

Catégories
Justice Climatique et Promotion de l'Agroécologie

LE RADD à la pratique de l’Agroécologie Paysanne aux cotés des jeunes paysan(ne)s d’Afrique à l’occasion de la Yalitia 7 organisée par JVE-CI du 25 au 30 juillet 2025

Association de droit camerounais, Le RADD œuvre pour le développement inclusif et durable. Le RADD a choisi l’agroécologie comme un système de production par excellence ainsi pour renforcer ses capacités deux délégués du RADD ont participé au projet du YALITIA 7 en Côte d’Ivoire (Daloa).

Ce rapport présente les activités réalisées dans le cadre du projet YALITIA 7, axées sur la promotion de l’agroécologie paysanne comme levier stratégique pour la souveraineté alimentaire. Les activités ont débuté le 25 juillet 2025 et se concentrent sur la mise en œuvre de techniques de production d’intrants naturels pour améliorer la fertilité des sols ainsi que la protection des cultures et la transformation agro-alimentaire.

A. FABRICATION DES BIO-INTRANTS

I. Production de Compost Aérobie

•  Objectif : Produire un amendement organique de qualité pour améliorer la fertilité des sols.

•  Procédure :

  1. Préparation de la planche : Définir une planche de compostage de 1,20 m de large, 4 m de long et 20 cm de profondeur. Installer des piquets aux quatre coins.

  2. Superposition des matières organiques :

    *  Verser 3 brouettes de fumier de porc jusqu’à atteindre une hauteur de 20 cm.

    *  Ajouter des plumes de poulet, 6 poignées de cendre de bois, de la poudre d’os carbonisée, des feuilles de neem (Azadirachta indica), et de la paille.

    *  Arroser le mélange avec 3 arrosoirs d’eau pour bien humidifier.

    *  Répéter le procédé trois fois pour atteindre une hauteur de 1 m à 1,20 m.

  3. Retournement : Tourner le mélange tous les 15 jours pendant une période de deux mois, soit un total de quatre retournements.

•  Principes : Le compostage aérobie repose sur la décomposition naturelle de la matière organique en présence d’oxygène.

•  Action : Le compost aérobie fertilise d’abord le sol avant de nourrir directement la plante.

•  Conservation : Après fabrication, le compost peut être conservé dans un sac à double sécurité, bien fermé et placé sur un support à l’ombre.

II. Préparation du Bokashi (Engrais Organique Fermenté)

L’Objectif est de produire un engrais organique à action rapide pour stimuler la croissance des plantes.

•  Ingrédients :

  •  1 kg de levure dolofière (ou de boulanger)

  •  2 kg de cendre de bois

  •  1 kg de sucre roux (ou 1 litre de mélasse)

  •  6 brouettes d’argile termitière

  •  6 brouettes de bouse de vache

  •  6 brouettes de son de riz

  •  2 kg de poudre de charbon de bois

  •  30 litres d’eau sans chlore

•  Procédure :

  1. Activation de la levure : Dissoudre le sucre (ou la mélasse) et la levure dans 30 litres d’eau.

  2. Préparation du sol : Arroser le sol.

  3. Superposition des matières :

    *  Étaler 2 brouettes de bouse de vache.

    *  Ajouter 2 brouettes d’argile termitière.

    *  Ajouter 2 brouettes de son de riz.

    *  Recouvrir d’une couche de poudre de charbon de bois et de cendre de bois.

  4. Arrosage : Arroser avec la solution de levure et de mélasse.

  5. Fermentation : Tourner le bokashi chaque matin et soir pendant 4 jours.

•  Application : Le bokashi est prêt à être utilisé après 4 jours.

  •  Appliquer 250 g de bokashi par poquet.

  •  Le bokashi a un effet immédiat sur les plantes.

  •  Il perd de son efficacité après 45 jours d’exposition au soleil.

III. Préparation de l’Apichi (Insecticide Naturel)

•  Objectif : Produire un insecticide naturel pour protéger les cultures contre les insectes nuisibles.

•  Ingrédients :

  •  1 kg de piment séché

  •  1 kg d’ail

  •  1 kg de gingembre

  •  1 litre d’alcool à 90° (pharmacie ou alcool local)

  •  40 litres d’eau sans chlore

•  Procédure :

  1. Préparation des ingrédients : Écraser chaque ingrédient séparément dans un mortier.

  2. Macération : Verser les ingrédients écrasés dans un récipient contenant 1 litre d’alcool et 12 litres d’eau. Laisser fermentées pendant 4 jours.

  3. Dilution : 27 litres d’eau supplémentaires.

•  Application :

  •  Le produit est prêt à être utilisé 11 jours après l’ajout des 27 litres d’eau.

  •  Usage préventif : Mélanger 1/4 de litre de produit avec 15 litres d’eau et appliquer pour désinfecter les plants sensibles aux attaques d’insectes.

  •  Usage curatif : Mélanger 1/2 litre de produit avec 15 litres d’eau et utiliser pour traiter les plants déjà attaqués.

IV. Préparation de l’EM (Micro-organismes Efficaces)

•  Objectif : Produire un inoculant microbien pour améliorer la santé des sols et des plantes.

•  Ingrédients :

  •  1 kg de bouse de vache fraîche

  •  1 litre d’urine de lapin

  •  1 kg de soja (ou haricots)

  •  1 kg de source de protéines (non spécifiée)

  •  1 kg de feuilles de neem (Azadirachta indica)

  •  10 litres d’eau sans chlore

•  Procédure :

  1. Mélange : Mettre la bouse de vache dans un récipient, verser 3 litres d’eau pour rendre le mélange liquide.

  2. Ajout des ingrédients : Ajouter le soja concassé, l’urine de lapin, et le son de riz. Bien mélanger.

  3. Fermentation : Tourner le mélange matin et soir pendant 5 minutes jusqu’au 10ème jour.

•  Conservation : Conserver à l’ombre, à l’abri du soleil et de la pluie, posé sur un support.

•  Application :

  •  Le produit est prêt dès le 11ème jour.

  •  Foliaire : 1 litre de produit pour 100 litres d’eau (pour les feuilles).

  •  Semences : 1 litre de produit pour une tasse à café de semences, puis sécher à l’ombre sur un carton (ne pas mélanger au sol).

  •  Racines : 1/2 litre de produit dans 16 litres d’eau pour la protection des racines.

•  Durée de vie : 6 mois.

V. Préparation de Répulsifs à Base de Plantes

•  Objectif : Produire des répulsifs naturels pour protéger les cultures contre les insectes.

1. Répulsif à Base de Tithonia (Tithonia diversifolia)

  •  Procédure : Remplir un récipient au 1/4 de tithonia, ajouter de l’eau jusqu’à son plein. Mettre une moustiquaire au-dessus, fermer légèrement et laisser le substrat macérer pendant 24 heures.

2. Répulsifs à Base de Feuilles de Neem (Azadirachta indica), Hyptis suaveolens, et Basilic Sauvage

  •  Procédure : La méthode de préparation n’est pas spécifiée. Il est supposé qu’il s’agit d’une macération similaire à celle du tithonia.

B. Transformation Agroalimentaire : Valorisation des Produits Locaux

En plus des activités axées sur la production agricole durable, YALITIA 7 a également mis l’accent sur la transformation agroalimentaire, un levier essentiel pour valoriser les produits locaux, créer de la valeur ajoutée et assurer la sécurité alimentaire. Les participants ont été initiés à des techniques de transformation simples et accessibles, permettant de conserver et de valoriser les produits frais.

1. Transformation de l’Ananas en Confiture

•  Objectif : Transformer l’ananas frais en confiture pour prolonger sa durée de conservation et créer un produit à valeur ajoutée.

•  Procédure :

  1. Sélection et préparation des ananas : Trier les ananas, les laver soigneusement, les nettoyer et les découper en petits morceaux.

  2. Cuisson : Mettre les morceaux d’ananas dans une cocotte, ajouter 600g de sucre pour 1kg d’ananas , et cuire à feu doux en remuant régulièrement pendant 45 minutes à 1 heure, jusqu’à obtention de la consistance désirée.

  3. Pasteurisation des bocaux : Pasteuriser les bocaux qui serviront à conserver la confiture ( ici le procédé consiste à mettre les bocaux dans une marmite remplir d’eau et faire bouillir pendant une heure de temps .).

  4. Mise en bocaux : Remplir les bocaux pasteurisés avec la confiture chaude.

  5. L’appertisation : Replacer les bocaux remplis de confiture dans une marmite remplie d’eau et porter à ébullition pendant 45 minutes à 1 heure. Cette étape permet d’éliminer les micro-organismes et d’assurer la conservation de la confiture.

•  Conservation : La confiture ainsi préparée et pasteurisée peut être conservée pendant environ un an dans un endroit frais et sec.

2. Conservation du Piment au Vinaigre

•  Objectif : Conserver le piment frais au vinaigre pour en prolonger la durée de conservation et ajouter une saveur aigre-douce.

•  Procédure :

  1. Sélection et préparation des piments : Trier les piments, les laver soigneusement (trois fois).

  2. Trempage : Préparer une solution d’eau salée et y plonger les piments pendant 5 minutes.

  3. Pasteurisation des bocaux : Pasteurisés les bocaux qui serviront à conserver les piments (mettre de l’eau dans une marmite en suite introduire les bocaux les bocaux laisser en ébullition pendant 1h heure de temps ).

  4. Mise en bocaux : Remplir les bocaux pasteurisées avec les piments.

  5. Couverture : Recouvrir les piments de vinaigre blanc.

  6. Fermeture : Fermer hermétiquement les bocaux immédiatement.

  7. Appertisation : Appertiser les bocaux comme décrit précédemment (45 minutes à 1 heure d’ébullition).

•  Conservation : Les piments ainsi préparés et appertisés peuvent être conservés pendant une longue période dans un endroit frais et sec.

3. Conservation des Aubergines a de l’eau

•  Objectif : Conserver les aubergines fraîches à de l’eau pour en prolonger la durée de conservation et ajouter une saveur douce.

•  Procédure :

  1. Sélection et préparation des aubergines : Trier les aubergines, les laver soigneusement et les découper en quatre.

  2. Trempage : Préparer une solution d’eau salée et y plonger les aubergines découpées pendant 5 minutes.

  3. Pertisation des bocaux :pasteurisés les bocaux qui serviront à conserver les aubergines (le même procédé explique plus haut).

  4. Mise en bocaux : Remplir les bocaux pasteurisés avec les aubergines.

  5. Couverture : Recouvrir les aubergines d’eau (et non de vinaigre, à confirmer).

  6. Fermeture : Fermer hermétiquement les bocaux immédiatement.

  7. Pertisation: Pasteuriser les bocaux comme décrit précédemment (45 minutes à 1 heure d’ébullition).

•  Conservation : Les aubergines ainsi préparées et a pertisés peuvent être conservées pendant une longue période dans un endroit frais et sec.

Observations

•  Importance de l’hygiène : pour que tout cela soit possible il faut que la transformation se fasse dans un espace saint bien propre avec les sabots,une blouse bien propre ,Les gants, les cache nez , l’échalote tout au long du processus de transformation pour éviter la contamination des aliments.

Conclusion :

Les activités menées dans le cadre du projet YALITIA 7 ont permis de mettre en œuvre des techniques de production d’intrants naturels pour améliorer la fertilité des sols et protéger les cultures. Ces techniques, basées sur les principes de l’agroécologie paysanne, contribuent à renforcer l’autonomie des producteurs, à réduire leur dépendance aux intrants chimiques et à promouvoir une agriculture durable et respectueuse de l’environnement.

Recommandations

•  Formation : Organiser des sessions de formation pour partager les connaissances et les savoir-faire avec d’autres producteurs.

•  Recherche : Mener des recherches pour optimiser les techniques de production d’intrants naturels et les adapter aux conditions locales.

•  Documentation : Documenter les résultats des activités et partager les informations avec d’autres acteurs du développement.

Catégories
Justice Climatique et Promotion de l'Agroécologie Non classé Promotion des systèmes semenciers paysans

Compte Rendu de l’Atelier de Formation sur les Intrants Biologiques et la Gestion des Semences Paysannes à Mgbwakomba

Date : 27 juin 2025

Lieu :Mgbwakomba, arrondissement de Nanga-Eboko, Haute-Sanaga

L’atelier de formation sur les intrants biologiques ainsi que la sélection et la conservation des semences paysannes s’est tenu le 27 juin dernier dans la localité de Mgbwakomba, dans l’arrondissement de Nanga-Eboko, Département de la Haute-Sanaga.

Cette activité, qui entre dans le cadre du renforcement des capacités des cases de semences paysannes, a été initiée par le RADD (Réseau des Acteurs du Développement Durable) dans le but de promouvoir les systèmes semenciers paysans, l’agroécologie et les systèmes alimentaires durables. Elle a rassemblé une quarantaine de participants venus de plusieurs villages du Groupement de Biboa.

Il est important de souligner que le Groupement de Biboa est une zone essentiellement agricole où l’on cultive principalement des cultures vivrières pour la consommation familiale, et surtout du maïs pour les besoins économiques.

Malheureusement, la culture du maïs y est confrontée à un sérieux problème : l’utilisation massive de pesticides et d’autres intrants chimiques de synthèse, censés booster la production. Ces produits ont des conséquences néfastes sur l’environnement, la santé des agriculteurs et des consommateurs, et entraînent une érosion progressive des systèmes semenciers paysans. Pour apporter une solution durable à cette situation devenue alarmante, cet atelier sur la production des bio-intrants a été initié.

 Objectifs de la Formation :

  • Restituer la formation reçue par les leaders ruraux sur la gestion des Cases de Semences Paysannes (CSP), la sélection et la conservation des semences.
  • Renforcer les capacités des petits producteurs sur les techniques de production et d’utilisation des intrants biologiques ;
  • Sensibiliser et informer les participants sur les dangers liés aux produits chimiques de synthèse.
  • Mettre en place un comité de gestion de la Case de Semences.

Déroulement de l’Atelier

Animation par les membres de la CSP

 a) Phase protocolaire

La journée a débuté par le protocole usuel : arrivée et enregistrement des participants, prière, suivis des discours de bienvenue et de la présentation des participants. Le représentant du chef du village de Mgbwakomba a souhaité la bienvenue à l’équipe du RADD, la remerciant d’avoir bravé les difficultés du voyage pour venir éclairer ses populations. Il a également remercié les participants pour leur présence.

À la suite du chef de village, Mme AKONO Suzanne, cheffe de la délégation du RADD et coordinatrice des Cases de Semences Paysannes, a présenté l’association, ses objectifs et ses quatre axes d’action : l’accompagnement des communautés riveraines des agro-industries, le programme d’autonomisation économique de la femme, la justice climatique et, notamment, le Programme de Promotion des Systèmes Semenciers Paysans (PPSSP), qui était le sujet de cette rencontre.

Les participants, en se présentant, ont exprimé leurs attentes pour cette activité, notamment le désir d’apprendre à fabriquer des herbicides naturels.

Après cette phase protocolaire, l’activité a pu commencer. Elle était divisée en deux parties.

 b) Phase théorique

Cette partie a consisté en la restitution de la formation des leaders ruraux sur la gestion des Cases de Semences Paysannes, la sélection et la conservation des semences paysannes. Il a été rappelé que la formation d’Essé, en novembre 2024, avait rassemblé de nombreux participants et formateurs, certains venus du Bénin. Durant une semaine, les apprenants ont été formés sur plusieurs thématiques : la gestion des cases communautaires de semences paysannes, les lois régissant l’activité semencière, la sélection et la conservation des semences paysannes, et les Systèmes Participatifs de Garantie (SPG).

La phase théorique a également abordé la présentation des engrais biologiques, soulignant leurs avantages sur l’environnement, la santé et l’économie, par opposition aux intrants chimiques de synthèse. Des séances de questions-réponses et une pause musicale ont animé cette première partie de la journée.

Explications théoriques du dispositif de fabrication d’intrants biologiques

 c) Phase pratique

De retour de la pause, l’atelier pratique a débuté, axé sur la fabrication du purin de 21 jours et du bio-régulateur à large spectre.

Quelques plantes utilisées

Les participants ont appris à utiliser des matières premières telles que :

Matériel : un fût, une fiole, de la colle Tangit, des ciseaux, de l’eau.

Ingrédients : 1 kg d’ail, 1 L de mélasse, divers yaourts, de l’urine de lapin, un mortier, un pilon, des machettes, des couteaux, une bassine, une bâche, 60 L d’eau, 0,5 kg de feuilles de Vernonia , 0,5 kg de feuilles de Tithonia, 0,5 kg de fougère, 0,5 kg de citronnelle, 0,5 kg d’aloès vera, 0,5 kg de feuilles de papayer, 0,5 kg de feuilles de dartrier, 0,5 kg de feuilles d’ortie et des feuilles de tabac sèches.

Phase pratique

Formation du Comité de Gestion de la Case

Les participants ont ensuite été invités à former un comité de gestion de la Case. Après discussion, le consensus a été de mettre en place un bureau composé des membres suivants :

* Une présidente

* Un secrétaire général

* Une trésorière

* Une animatrice

* Une chargée de communication

* Un superviseur

* Deux conseillers, dont le chef du village de Mgbwakomba et le chef de Nyaminkang.

Comité de gestion de la CSP

 Conclusion de l’Atelier

Mme AKONO Suzanne, chargée du suivi des CSP au sein du RADD, a invité la nouvelle équipe à se mettre au travail pour dynamiser la Case et a exhorté les participants à mettre en pratique les enseignements reçus. Le chef de Mgbwakomba a remercié le RADD d’avoir choisi son village pour accueillir cette activité et a émis le souhait de mobiliser les ressources nécessaires pour continuer à renforcer les capacités de ses populations.

La journée s’est terminée par une série de photos de famille et un repas communautaire. L’équipe du RADD a regagné Yaoundé le lendemain matin après une soirée conviviale.

Photo de famille
Catégories
Autonomisation économique de la femme Défense des droits des femmes Justice Climatique et Promotion de l'Agroécologie Promotion des systèmes semenciers paysans

LE RADD INTERPELLE LES CANDIDATS A L’ÉLECTION PRESIDENTIELLE 2025 AU CAMEROUN 

Le Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD) est une association de droit camerounais, engagée depuis plus de 10 ans pour un développement inclusif, juste et durable. Le RADD éveille au quotidien les consciences collectives et communautaires au Cameroun, en Afrique Centrale sur les questions de souverainetés foncières, semencières, alimentaires qui sont le fondement de la souveraineté politique.

Le RADD, c’est la Foire des Semences Paysannes de l’Afrique Centrale (FOSPAC) qui regroupe tous les ans, depuis 5 ans plus de 500 acteurs ruraux autour des enjeux en lien avec l’accès libre de tout producteur à la semence.

Le RADD, c’est la COnvergence des FEmmes Camerounaises sur le Changement Climatique (COFECCC) qui rassemble depuis 2 ans plus de 400 femmes engagées dans la recherche de solutions adéquates au changement climatique.

Le RADD, c’est le Forum sur l’Autonomisation Economique de la Femme (FAEF) qui, tous les ans, forme plus de 400 femmes et jeunes aux métiers porteurs pour la création des revenus et des emplois.

Le RADD, c’est la Défense de Droits des Femmes Riveraines des Agro-industries (DDFRIA) qui, au côté de ces femmes, lutte tous les jours pour la restauration et le respect des droits vitaux des femmes dont les ressources sont accaparées par les entreprises sans aucune compensation.

 Nos interventions impactent donc :

  • Plus de 20.000 femmes et jeunes filles accompagnées à l’autonomisation économique et financière ;
  • Environ 5.000 paysan(ne)s accompagnés pour renforcer la souveraineté semencière ;
  • Des milliers de femmes rurales et des communautés, riveraines des agro-industries soutenues pour faciliter l’accès à leurs terres ancestrales ;

En notre qualité de membre actif de la société civile, qui accompagne toutes les couches sociales et œuvre sans relâche pour la justice et le développement durable, nous nous sentons plus que concernés par l’échéance politique majeure que représente l’élection présidentielle du 12 Octobre 2025. C’est à ce titre que nous sommes mus par le devoir, en amont de la campagne électorale, d’aiguiller les candidats à l’élection présidentielle, sur ce qui nous semble essentiel pour garantir le bien-être durable de toutes les couches sociales de la population camerounaise. Nos recommandations, formulées sur quatre (4) piliers, méritent une attention singulière :

  1. La souveraineté alimentaire pour les camerounais ;
  2. Le respect des droits humains autour des agro-industries ;
  3. La justice climatique ;
  4. L’autonomisation économique des femmes et des jeunes ;

I.PROMOUVOIR LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

La souveraineté alimentaire est le DROIT pour tout camerounais, sans distinction aucune, d’accéder à de la nourriture saine, suffisante en quantité, en qualité et de fonder son alimentation sur les valeurs culturelles, cultuelles ancrée dans son environnement et sa tradition pour garantir un accès constant et durable.  Pour ce faire, nous demandons : 

  • La reconnaissance juridique des systèmes semenciers paysannes pour garantir les droits des paysans sur leurs semences ;
  • Le développement des programmes spécifiques pour la promotion des systèmes semenciers paysans en reconnaissant la semence paysanne comme composante essentielle du patrimoine génétique camerounais ;
  • La restauration du suivi de proximité des paysans orienté dans le système de production agroécologique pour assurer une agriculture résiliente et durable ;
  • L’accès durable à la terre aux femmes et aux jeunes pour des besoins de production agropastorale ;
  • L’octroi des facilités pour la production des intrants biologiques et la réduction des importations des intrants chimiques de synthèse ;
  • Le développement des politiques qui encouragent les populations camerounaises à consommer essentiellement les produits sains issus de l’agroécologie paysanne. La santé des populations en dépend ;
  • Le transfert effectif des compétences aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), afin qu’elles encadrent la création et la gestion des Cases Communautaires de Semences Paysannes (CCSP), véritables creusets du patrimoine génétique national.

II. GARANTIR LE RESPECT DES DROITS HUMAINS AUTOUR DES AGRO-INDUSTRIES

Le Cameroun est partie à la plupart des conventions internationales de promotion et de protection des droits humains et pourtant dans les localités où sont implantées des agro-industries, les communautés riveraines sont privées de leurs ressources, vivent dans la précarité et subissent toutes sortes d’atteintes à leurs droits fondamentaux.  Nous pensons qu’il faut impérativement : 

  • Repenser la politiques d’octroie des concessions foncières aux agro-industries, il est possible de développer l’agrobusiness sans que les communautés se retrouvent dépossédées de toutes leurs terres ;  
  • En cas de cession, garantir l’accès des communautés riveraines aux ressources vitales (Terre, Forêts, Eaux, …) de leurs ancêtres ;
  • Mettre en place des mécanismes efficaces de répression des violences basées sur le genre dans les plantations ;
  • Impliquer systématiquement à quota égal tous les groupes sociaux de la communauté (femmes, jeunes, adultes, minorités) dans le processus de gestion des terres ;
  • Mettre en place des mesures coercitives afin que les droits à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à l’eau potable etc. des communautés riveraines soient garantis.

III. PRENDRE EN COMPTE LES QUESTIONS EN LIEN AVEC LA JUSTICE CLIMATIQUE

Le climat est de plus en plus changeant et 33 ans après le sommet de la terre de RIO, les effets des changements climatiques se perceptibles partout dans le monde, y compris au Cameroun. Les communautés vivant en zone rurale, qui sont les plus impactées par ces changements, ne sont pas véritablement accompagnées pour y faire face. Les femmes en particulier, qui ont la charge de nourrir la famille, sont aujourd’hui confrontées à de nombreuses difficultés pour se procurer les ressources dont elles ont besoin dans leur environnement. C’est la raison pour laquelle, il faut : 

  • Faciliter l’accès aux financements climatiques pour les communautés les plus impactées ;
  • Définir les mesures concrètes pour assurer la transition énergétique à travers la promotion des énergies renouvelables ; 
  • Soutenir les OSCs qui œuvrent pour la justice climatique ;
  • Mettre un terme à la production et à l’usage de la matière plastique ;
  • Abandonner les fausses solutions telles que les crédits carbones ;
  • Consulter les communautés impactées avant toutes prises de décisions à l’endroit de ces entités ;
  • Considérer régulièrement les résultats des recherches par les chercheurs dans la prévention des catastrophes dus aux effets du changement climatique.

IV. PROMOUVOIR L’AUTONOMISATION ÉCONOMIQUE DE LA FEMME

Une femme autonome est une femme épanouie. Une femme autonome prend son destin en main. Elle nourrit sa famille, ses enfants, elle se projette, elle entreprend et très souvent, elle réussit. L’autonomisation économique de la femme doit donc être une priorité pour renforcer de façon durable les indicateurs de développement au niveau national. A cet effet, il faut :

  • Démultiplier sur l’ensemble du territoire Camerounais des centres multifonctionnels accessibles à toutes les femmes, aux jeunes et les doter des équipements de pointe et des ressources humaines compétentes pour leur pleine opérationnalisation ;
  • Rendre les formations accessibles financièrement, tout camerounais doit en bénéficier ;
  • Adapter les contenus de formation aux exigences de l’évolution technologique et aux réalités du marché du travail ;
  • Garantir un accès équitable aux financements et autres opportunités pour soutenir l’entreprenariat des femmes et des jeunes après la formation ;
  • Faciliter l’accès aux équipements de production et de transformation pour garantir la compétitivité des entreprises créées ;
  • Appliquer des mesures fiscales adaptées aux entreprenariats féminins et jeunes, en les exonérant des impôts et des taxes pour les 3 premières années ; 
  • Construire des infrastructures de collecte, de stockage, de conservation et de commercialisation dans les bassins de production, accessibles à tous afin de garantir l’écoulement et l’accès valorisation des produits issus de leurs activités.

À la veille de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun, le RADD rappelle avec force que l’avenir du Cameroun ne peut se bâtir sans justice sociale, justice climatique, souveraineté alimentaire et autonomisation effective des femmes et des jeunes. Ces piliers ne sont pas de simples revendications sectorielles : ils constituent le socle incontournable d’un développement véritablement inclusif et durable.

Nous appelons chaque candidat à inscrire dans son projet de société des engagements clairs, fermes et mesurables autour de ces priorités vitales. Car garantir aux paysans l’accès à leurs semences, protéger les droits des communautés face aux agro-industries, soutenir les femmes dans leur autonomie et préparer le pays aux défis climatiques, c’est choisir de construire une nation forte, résiliente et souveraine.

Le RADD, fort de son expérience et de son ancrage auprès des communautés, se tient prêt à travailler avec tous ceux qui portent une vision de justice et de dignité pour le peuple camerounais. L’histoire jugera celles et ceux qui, en ce moment décisif, auront eu le courage d’inscrire l’intérêt des générations présentes et futures au cœur de leur gouvernance.

Parce qu’un Cameroun juste, vert et prospère est possible, mais il exige des choix courageux, aujourd’hui.

Catégories
Défense des droits des femmes Promotion des systèmes semenciers paysans

LES LEADERS RURAUX ET LES REPRÉSENTANTES DES RIVERAINES DES AGRO-INDUSTRIES RENFORCENT LEURS CAPACITÉS SUR LA COMMUNICATION LE LOBBYING ET LE PLAIDOYER.

Les riveraines des agro-industries et les responsables des cases de semences paysannes jouent un rôle important dans la promotion de l’agriculture durable, la souveraineté alimentaire et nutritionnelle, ainsi que dans la défense des droits des communautés locales impactées par les industries extractivistes. Cependant, ils sont souvent confrontés à des défis pour communiquer efficacement avec les communautés locales, les décideurs politiques et les autres parties prenantes. L’utilisation efficiente des outils de communication modernes peut aider ces entités à améliorer la communication et à renforcer leurs capacités dans le développement de leurs activités agricoles, notamment la promotion des systèmes semenciers paysans (PSSP) et la défense de leurs droits bafoués par les entreprises qui ont accaparé leurs terres.

C’est dans cette dynamique que le RADD, qui accompagne depuis plusieurs années ces communautés, et en partenariat avec Journalists For Earth (J4E), ont initié une série de formations pour le renforcement des capacités des leaders ruraux et responsables des associations des riveraines des agro-industries sur les outils modernes de communication et sur les stratégies de communication, de lobbying et de plaidoyer en matière de justice climatique. Ces ateliers, qui se sont tenus à Yaoundé du 10 au 13 juin dernier, ont rassemblé une quarantaine de participants.

Dans un premier temps, les participants ont été outillés sur les applications de communication telles que WhatsApp, Facebook et les moteurs de recherche tels que Google pour partager leurs informations sur leur communauté et sur leurs activités de promotion des cases de semences paysannes et faire des recherches. Les travaux pratiques de cette formation ont été ponctués par des séances de paramétrage des outils nouvellement reçus, l’activation et l’ouverture des pages Facebook, des comptes WhatsApp et Gmail, ainsi qu’un exercice pratique de recherche sur Meta qui a suscité une grande attention des apprenants.

Au terme des travaux de Mvolye, les participants ont reçu des outils de communication et de travail constitués de téléphones portables et d’ordinateurs pour continuer leurs activités sur le terrain.

Pendant les travaux de Mvolye, les femmes ont été sensibilisées et informées afin de rejoindre le Mouvement mondial des femmes. On retiendra que c’est un rassemblement des femmes du monde entier qui a pour objectif de mener des plaidoyers et d’autres revendications contre toutes formes d’injustices et de violences faites aux femmes à travers le monde.

Ainsi, au cours de ces assises, les participantes ont montré leur intérêt à se joindre aux autres femmes. Pour le manifester, elles ont décidé de marcher pour exprimer leur adhésion à cette dynamique lancée par les femmes de Saraouie. Ainsi, elles ont marché pour dire non à la pauvreté ambiante, les guerres, la famine, les violences envers les femmes, pour la justice climatique et contre les industries extractivistes.

À la suite du RADD, J4E a formé du 12 au 13 juin ces participants sur les stratégies de communication, de lobbying et de plaidoyer performantes en matière de justice climatique. Au cours des travaux, les participants ont été imprégnés sur l’élaboration des plaidoyers et la prise de parole en public en vue de la défense de leurs droits.

photo de famille avec J4E

Au terme de ces deux jours de travaux, qui ont été ponctués par des activités pratiques et des restitutions en ateliers, les apprenants ont reçu des attestations de fin de formation.

Mme NGOBO, Secrétaire exécutive du RADD et Mme ABILOGO Edith, Secrétaire exécutive de J4E, ont exhorté les participants à mettre en pratique les connaissances acquises et surtout à utiliser le matériel reçu à bon escient pour la promotion des systèmes semenciers paysans et la défense de leurs droits.

Les apprenants, quant à eux, ont exprimé leur profonde gratitude à l’endroit du RADD et de J4E pour ces grands moments de renforcement des capacités et les dotations. Ils ont promis d’en faire bon usage et ont émis le vœu de voir les formateurs sur le terrain dans leurs différentes localités pour un suivi de proximité qui permettra de relever les difficultés rencontrées. C’est dans une ambiance bon enfant que cette série de quatre jours consécutifs de renforcement des capacités des acteurs ruraux, des représentantes des riveraines des agro-industries et autres leaders des associations locales s’est clôturée.

Catégories
Promotion des systèmes semenciers paysans

« Pour des semences paysannes caractérisées, disponibles et productives » Fotouni département du Haut Nkam région de l’Ouest Cameroun, 23 juillet 2025

Catégories
Défense des droits des femmes

SOCAPALM d’Éséka : mort suspecte d’un riverain suite à une interpellation musclée des forces de l’ordre. Les populations dénoncent une bavure et réclament justice

Éséka, Cameroun, 26 juillet Juillet 2025

Une nouvelle tragédie secoue les communautés riveraines de la SOCAPALM d’Edéa dans le Département du Nyong-et-Kéllé, Région de Centre Cameroun. Un jeune homme du nom de NKOUM LIBONG Frédéric Aimé a trouvé la mort suite à une interpellation brutale menée par la gendarmerie, avec le soutien des gardiens de la société agro-industrielle SOCAPALM. Le motif ? Un simple vol présumé de noix de palme.

Selon plusieurs témoignages concordants des riverain(e)s, tout commence par une opération de « battue » organisée par les agents de sécurité de SOCAPALM, filiale du groupe Socfin-Bolloré. A la suite d’un vol signalé dans la plantation, Les gardiens identifient un couple de riverains qu’ils soupçonnent et appellent la gendarmerie pour procéder à leur arrestation.

Pendant qu’ils y étaient, un voisin de ce couple, de retour chez lui, s’approche pour comprendre la situation, les gardiens le pointent du doigt comme étant l’un des délinquants de la localité. Ce simple geste d’interpellation lui sera fatal. Les gendarmes, sans se questionner le passent à tabac avant de l’embarquer de force avec le couple suspect.

Une garde à vue qui vire au drame

Le jeune homme est conduit à la brigade de gendarmerie d’Éséka, où il passe la nuit en détention. Selon les habitants, il aurait continué à subir des violences physiques. Au matin, il est mort. Le corps est transporté discrètement à la morgue, sans qu’aucune information ne soit donnée à la famille. Ce n’est qu’après plusieurs heures d’angoisse et de recherche que les proches apprennent la terrible nouvelle.

Colère dans la communauté, mobilisation spontanée

À l’annonce de ce décès, la colère gronde. Des manifestations éclatent, des habitants réclament la vérité et dénoncent une bavure meurtrière. Pour eux, ce jeune homme est une victime innocente, tombée sous les coups de la brutalité d’un système qui criminalise la pauvreté et protège les intérêts des puissants.

« Il n’a rien volé. Il voulait juste comprendre ce qui se passait. Maintenant, on l’a tué. Pour rien », lâche une riveraine, la voix tremblante.

Réaction de la direction de SOCAPALM

Alertée par l’ampleur de la mobilisation, la direction générale de SOCAPALM s’y est rendue en urgence, parti de Douala. Une réunion de crise s’est tenue à Éséka, avec les autorités administratives et traditionnelles. La mère du défunt y a été conviée, dans ce qui semble être une tentative d’apaisement. Mais à ce jour, aucune déclaration officielle n’a été faite sur les conclusions de cette rencontre.

Une affaire de plus dans un climat de violences systématique.

Pour les associations locales de défense des droits humains, cette affaire révèle une fois de plus la brutalité des forces de l’ordre autour des agroindustries, souvent utilisées comme bras armé des multinationales contre les communautés paysannes.

Elle questionne aussi la responsabilité sociale de ces entreprises agro-industrielles, qui bénéficient de vastes concessions sur des terres ancestrales des communautés, les exploitent sans aucune compensation pour ces dernières et, marginalisent ces populations locales.

La SOCAPALM est déjà régulièrement pointée du doigt pour des abus environnementaux et sociaux. Elle se retrouve à nouveau au centre d’une controverse grave.

Un appel urgent à la VERITE et à la JUSTICE

La famille du défunt et toute la communauté exigent une enquête indépendante pour faire la lumière sur cette mort tragique. Ils réclament que les auteurs des violences soient traduits en justice, peu importe leurs fonctions et leurs origines.

Au-delà de la justice pour une famille endeuillée, il s’agit d’un combat pour la dignité, la justice sociale, et la fin de l’impunité dans les campagnes camerounaises. Ce drame ne doit pas être un dossier de plus classé sans suite.

Catégories
Défense des droits des femmes

La marche mondiale des femmes

Catégories
Promotion des systèmes semenciers paysans

ACTUALITÉ : SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE OU SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ? LE RADD FAIT SON CHOIX

Dans son rapport sur la situation alimentaire mondiale de 1974, la FAO présente celle-ci comme « préoccupante » dans les années 1970. En effet, en raison des conditions météorologiques défavorables dans certaines régions productrices clés des céréales dont le tonnage est passé de 40 à 50 millions en 1974, il a fallu relever certains principaux défis alimentaires de l’époque. Ces défis vont entre autres:
• De la pénurie de denrées alimentaires dont les stocks mondiaux de céréales sont allés bien en deçà du seuil de sécurité, passant de 18% à 11% de la consommation mondiale
• De l’instabilité des prix qui a entraîné une flambée des cours des marchés d’exportation, affectant l’accès aux denrées alimentaires pour les pays en développement
• De la pénurie de facteurs de production tels des engrais chimiques, pesticides et carburant devenus rares et coûteux.
Ledit Rapport recommande la répartition équitable des disponibilités alimentaires et le soutien financier par une augmentation des subventions ou la conclusion des arrangements prévoyant des prêts à taux modérés pour les pays en développement afin de faire face aux difficultés de la balance des paiements.
Dans sa quête de solutions pour juguler cette crise alimentaire, la FAO va énoncer le concept de « Sécurité alimentaire » lors de la Conférence mondiale de l’alimentation de 1974 pour répondre aux défis mondiaux liés à l’accès à la nourriture et à la malnutrition. Ce concept sera plus clairement défini et adopté dans les années 1990 par la communauté internationale lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996.
Depuis lors, à la terminologie de sécurité alimentaire, devenue récurrente dans les discours officiels, s’est greffée une autre, celle de souveraineté alimentaire reprise et défendue par l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (l’AFSA). Afin de lever toute équivoque, nous allons revenir sur la définition des deux concepts, en relever la différence de fond et dire pourquoi le Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD) prend position pour la promotion de la souveraineté alimentaire qui implique une autre, la souveraineté semencière.

Définition de la sécurité alimentaire par la FAO :

Selon la FAO, la sécurité alimentaire est « l’accès physique et économique à des aliments sûrs, nutritifs et suffisants pour répondre aux besoins alimentaires et aux préférences alimentaires pour une vie active et saine. », d’après les mêmes sources citées plus haut. La finalité ici est de garantir à tous les individus l’accès à une alimentation adéquate pour mener une vie saine et productive.
Toutefois, cet accès universel à la nourriture, indépendamment de la source ou de la méthode de production, n’est pas sans poser de problème surtout aux défenseurs de l’environnement et d’une alimentation saine et nutritionnelle, autrement dit, adéquate. Soulignons-le tout de suite, la sécurité alimentaire est un objectif global qui peut être atteint grâce à « une combinaison de production locale, d’importations et d’aide alimentaire ». En un mot, la FAO cherche à promouvoir des politiques et des programmes qui améliorent la disponibilité et l’accès à la nourriture pour tous.
Ce concept de sécurité alimentaire adopté et amplifié par le Sommet mondial de l’alimentation organisé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome en Italie en 1996 a été contesté par la Via Campesina qui lui a opposé le concept de Souveraineté alimentaire, défendu par l’AFSA.

De quoi retourne-t-il donc ?

La souveraineté alimentaire « met l’accent sur le droit des communautés et des nations à définir leurs propres politiques alimentaires et agricoles, en privilégiant la production locale, l’agriculture et le contrôle local des systèmes alimentaires . »
La différence de fond entre les deux concepts se situe au niveau que la souveraineté alimentaire prône l’autonomie et le contrôle local des systèmes alimentaires, tandis que la sécurité alimentaire se concentre sur l’accès universel à la nourriture.
Après avoir passé en revue le contexte historique de la situation de l’alimentation dans le monde, la survenue du concept de sécurité alimentaire et de son contrepoids, la souveraineté alimentaire, l’on est en droit de se demander sur quoi se fonde le RADD pour faire du concept de souveraineté alimentaire son cheval de bataille ?

Le RADD, dont l’objectif est de promouvoir les initiatives de développement durable, lutte contre les injustices sociales, économiques et environnementales. Dans ce noble combat, il dénonce et rejette fortement les fausses solutions (plantations de monoculture, crédit carbone, agriculture conventionnelle, UPOV etc) proposées par les multinationales et les industries semencières. C’est ainsi que le RADD a pris fait et cause pour l’accompagnement des riveraines des agro-industries dans leurs revendications d’un espace vital, la rétrocession de leurs terres et l’accès à l’eau entre autres ; la dénonciation de l’omniprésence des grandes plantations de monoculture qui n’est rien  qu’une  des fausses solutions décriées ici etc.

Le RADD pense fermement que la sécurité alimentaire n’est rien d’autre qu’une fausse solution eu égard à la méthode de production qui la sous-tend. En effet, l’agriculture conventionnelle, auréolée de bons prétextes de forte productivité et de hauts rendements, entraîne des conséquences très néfastes sur le droit coutumier, la santé humaine, animale, halieutique, du sol et de l’environnement en général. On note ici la grande influence des entreprises semencières et des multinationales qui imposent des systèmes alimentaires inappropriés au reste du monde, des semences améliorées et leur cortège d’engrais chimiques et de pesticides.

Dans un rapport de 2015 préparé par GRAIN et AFSA intitulé « Remise en cause des lois foncières et semencières : qui tire les ficelles des changements en Afrique? »[1], Il y est clairement documenté les actions prises par la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutritiondu G8 dans le domaine du foncier et des semences en Afrique. De ce rapport, on se fait une idée claire des changements de politiques provoquées par cette Alliance et montre comment « la bataille fait rage autour du contrôle des ressources en Afrique » notamment la terre, l’eau et les semences :

  • Travail de délimitation officielle des exploitations agricoles, de leur enregistrement et de la délivrance de titres de propriété et mise en place d’une législation permettant l’émergence d’un marché des terres et la location des terres
  • Création d’un catalogue officiel des semences, sur le modèle de ceux existant dans les pays riches – et notamment en France – et dans lequel une semence doit être inscrite avant qu’elle puisse être commercialisée en toute légalité
  • Introduction de droits de propriété intellectuelle sur les variétés.

Le rapport conclut en disant que « toutes ces mesures, souvent introduites sous le prétexte de protéger les petits producteurs, servent en fait à ouvrir des brèches dans le système traditionnel coutumier de gestion pour faciliter la pénétration des intérêts privés et les asseoir légalement. »[2]

Le RADD, qui a donc clairement compris que la sécurité alimentaire n’est qu’une dictée imposée par les pays les plus riches et certaines organisations internationales (la Commission de l’Union Africaine, la Banque Mondiale, le FIDA, la BAD), soutient que l’Afrique doit plutôt opter pour la souveraineté alimentaire et semencière. En effet, pour ce qui est du Cameroun l’Agriculture Familiale (AF) occupe une place prépondérante dans son économie. En effet, environ 90% des ménages ruraux sont impliqués dans le secteur agricole, soit environ 60% de la population active du pays. L’AF contribue grandement à la souveraineté alimentaire et aux exportations agricoles du Cameroun.[3]

Les actions menées par le RADD pour la souveraineté semencière et alimentaire

Le RADD a reçu l’adhésion des communautés à ses différents programmes dont celui de leur éducation aux techniques de production durable. Dans cette phase générale de transition agro écologique en Afrique, le RADD a entrepris de sensibiliser, d’informer et d’éduquer les communautés sur les principes de l’agro écologie, les bonnes pratiques agricoles, la sélection, la multiplication et la conservation des semences paysannes.

Il a ensuite commis des études, notamment celle de juillet 2023 portant sur « la problématique de l’accessibilité en qualité et en quantité de la semence paysanne dans les zones forestières et les hauts plateaux de l’ouest au Cameroun ». Cette étude a vivement recommandé la création des cases de semences paysannes. A ce  jour dix (10) sont effectives et font des émules à travers le triangle national, une vingtaine (20) d’autres sont en voie de création ; par elles, les semences paysannes sont de plus en plus disponibles et accessibles.


[1] La nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition s’attaque aux terres et aux semences en Afrique. lafex.org

[2] Ibid.

[3] Agriculture au Cameroun- Wikipédia /fr.wikipedia.org

Dans la foulée des actions posées par le RADD pour vulgariser la Semence Paysanne et promouvoir les Systèmes Semenciers Paysans, des foires de semences paysannes (FOSPAC) sont régulièrement organisées depuis 2021. Celles-ci rassemblent un grand nombre de pays du Bassin du Congo, d’Afrique de l’Ouest voire d’Europe ; des plaidoyers sont menés en direction du gouvernement de la République et des bailleurs de fonds pour une reconnaissance juridique et institutionnelle de la Semence Paysanne et des Systèmes Semenciers Paysans.

Comment oublier des partenariats signés avec des centres de recherche tel le Centre de Recherche et d’Accompagnement des Producteurs Agropastoraux du Cameroun (CRAPAC) du Dr LIKENG. Le souci du RADD est de nouer une collaboration participative entre les détenteurs des savoirs et connaissances traditionnels et la science pour rendre plus performante, résiliente  et traçable la semence paysanne sans en modifier la cellule génétique. Grâce à cette collaboration, le processus de caractérisation de la semence paysanne est effectif de nos jours.

Qui contrôle la semence contrôle la vie sur terre

Fort de ce slogan, le RADD œuvre pour la souveraineté semencière qui implique la souveraineté alimentaire. On ne peut choisir ce que l’on mange que si on est maître de sa semence. Grâce à ses actions de valorisation et de promotion de la semence paysanne, les paysan-ne-s ont repris confiance en celle-ci, sont devenu-e-s moins dépendant-e-s vis-à-vis de l’industrie semencière et garantissent leur système alimentaire riche, varié et nutritif. Le RADD  a également entrepris d’organiser des foras sur l’autonomisation économique des femmes (FAEF) qui aident les femmes et les jeunes à transformer les produits issus de leurs récoltes pour éviter les pertes post-récoltes et obtenir plus de valeur ajoutée.

Un autre forum sur les feuilles que nous consommons, bienfaitrices de notre santé est d’ailleurs annoncé pour consolider notre système alimentaire. Il sera l’occasion d’assurer une transmission générationnelle des modes alimentaires afin de préserver notre identité culturelle et nutritionnelle.

En somme, dans le dédale d’expressions utilisées aujourd’hui pour parler de l’alimentation, le RADD a pris fait et cause pour parler, promouvoir et défendre la souveraineté alimentaire. Il organise des formations de masse pour renforcer les capacités des communautés dans les techniques de production et de transformation afin de pérenniser les savoir-faire et connaissances endogènes et traditionnelles. Dans sa campagne de promotion de la souveraineté alimentaire, le RADD estime en effet que ce n’est pas l’agriculture conventionnelle qui nourrit les camerounais, et de façon générale les Africains. Il adhère ainsi à la campagne panafricaine lancée par AFSA : « Ma semence ma vie » impléméntée sur le plan national par la CNOPCAM « Je mange africain, Je mange camerounais ».  L’AF, qui s’appuie sur les Systèmes Semenciers Paysans, occupe plus de 60 % de la population active. C’est une agriculture variée et diversifiée qui répond à un riche système alimentaire sain, nutritif et durable. Pour le pérenniser, les paysan-ne-s doivent continuer à multiplier, sélectionner et conserver leurs semences paysannes qui sont rustiques, résilientes et climato-intelligentes, utiliser les pratiques et méthodes de production durables. Oui, depuis plus de 10000 ans, les semences paysannes ont résisté aux rigueurs et rudesses du temps, se sont bonifiées avec le temps pour nous procurer aujourd’hui toutes leurs valeurs nutritives et gustatives. Il ne leur manque plus que de la reconnaissance juridique pour mieux se déployer.

par: Hubert MENYIE MESSI, ECONOMISTE – ENVIRONNEMENTALISTE, RESPONSABLE DU DEPARTEMENT SEMENCES PAYSANNES/RADD

Catégories
Promotion des systèmes semenciers paysans

LE PROJET DE REFORME DU TIRPAA, UNE MENACE DE PLUS POUR LES SEMENCES PAYSANNES?

Le RADD, a mis sur pied une veille citoyenne sur l’agro-écologie et la Semence Paysanne chargée de scruter l’actualité sur les questions en lien avec ces centres d’intérêt.

C’est ainsi que notre attention a été portée sur une publication de Denis MESHAKA d’ « inf’OGM »  veille citoyenne sur les OGM et les semences du 16/06/2025.

Elle est titrée : « Le TIRPAA travaille sur une réforme controversée »

Cette réflexion intervient à l’issue de la 13e Réunion du Groupe de travail (GT13) du TIRPAA à Rome, du 1er au 4 avril 2025

D’emblée, l’auteur écrit : « Début avril, le TIRPAA a de nouveau discuté de l’élargissement de la liste des cultures couvertes par le Système Multilatéral et la révision du contrat encadrant leur utilisation. Alors que les États membres du Traité invoquent la nécessité de garantir la sécurité alimentaire mondiale, des craintes sur une dérive de l’accès généralisé aux semences paysannes et traditionnelles se font entendre.

Cela faciliterait leur brevetage, et ce sans réel partage des avantages, au détriment du « Sud » et des droits des paysans. »

Figure 2 Une riche gamme variée de semences graines lors de la FOSPAC5

D’où vient-il qu’on parle de controverse alors que l’on sait qu’à l’origine, le Traité a été conçu comme un instrument de solidarité internationale visant à rejeter l’appropriation par les DPI (Droits de Propriété Intellectuelle) d’un apparent « patrimoine commun de l’humanité » afin de pérenniser la diversité agricole et garantir la sécurité alimentaire dans un esprit de coopération ?

Le Tirpaa avait prévu un mécanisme de compensation et de rétribution de l’accès aux RPGAA appelé le Système Multilatéral (SML) d’accès et de partage des avantages. Mais, à l’épreuve, l’on note beaucoup de dysfonctionnement et d’iniquité dans le partage des avantages en faveur des pays du Nord au grand détriment des pays du Sud pourtant grands pourvoyeurs des ressources phyto génétiques.

En plus de cela, l’adoption d’une résolution traitant notamment de la question des Informations de Séquençage Numérique, couramment appelé « DSI » (Digital Sequence Information) laisse perplexe. Ceci veut tout simplement dire que si un obtenteur réussit à développer une nouvelle variété végétale à partir de l’ADN d’une semence brevetée déjà en laboratoire, il jouit de tous les droits sans obligation de dédommager le centre d’origine. Donc, plus besoin de se rapprocher de l’agriculteur à la base !

Au vu de ce qui précède, l’on est fondé de se demander s’il faut « ouvrir l’accès à l’ensemble des semences agricoles ou aux ressources phyto génétiques pour l’alimentation et l’agriculture ? »RPGAA

Cette question peut paraître incongrue, surtout lorsqu’on sait que cette réforme répond à la demande/injonction( ?) de la puissante industrie semencière appuyée par les pays du Nord sous le prétexte de renforcer la coopération internationale. Le Tirpaa risque ainsi de pénaliser les pays du Sud premières victimes potentielles de l’insécurité alimentaire.

Relevons que l’annexe 1 du Tirpaa, depuis 2001, affiche une liste de 64 espèces végétales protégées. La réforme en cours va-t-elle respecter la souveraineté des États ?

On peut aussi se poser cette question politique : À qui appartiennent les semences ? Et selon quelles règles peuvent-elles être protégées à l’échelle mondiale ?

Après l’UPOV, le Tirpaa… ?

L’UPOV est une véritable épée de Damoclès suspendue sur la tête des agriculteurs, défenseurs de la Semence Paysanne et des Systèmes Semenciers Paysans (SSP) avec son bras séculier qu’est l’OAPI. Ces DPI font peser d’énormes menaces sur les agriculteurs qui promeuvent et défendent les SSP, au point où dans certains pays comme le Bénin, des agriculteurs et autres acteurs de la société civile affrontent sans ménagement les pouvoirs publics pour appeler à la révocation des lois en faveur de l’UPOV.[1]

Jusqu’à présent, le Tirpaa, qui s’est toujours positionné en faveur de la défense des droits des paysans et de la reconnaissance de la semence paysanne et des SSP, par cette réforme d’élargissement de la liste des cultures couvertes par le SML semble faire une chose et son contraire. Il y a comme un rétropédalage de sa noble vision de protéger ces agriculteurs traditionnels qui ont su préserver, multiplier et sélectionner la semence paysanne au fil des millénaires. Ce qui était une forme de justice pour cette catégorie de paysans court le risque de devenir une flagrante injustice. Les industries semencières démontrent par-là à souhait qu’elles ont des bras très longs.

Si d’importantes espèces végétales comme le soja et la tomate et bien d’autres ont pu échapper à cette liste, c’est grâce à la fermeté de la Chine et du Brésil qui ont facilement accès à ces spéculations. Il revient donc aux pays qui croient encore à l’importance des semences paysannes et des SSP de suivre la voie de la Chine et du Brésil pour opposer une fin de non-recevoir à cette réforme.Quid de l’avenir des CSP ?


[1] Lechasseurinfos.net https//lechasseurinfos.net Semences agricoles : Les OSC contre l’adhésion du Bénin à l’UPOV…

Figure 3 du maïs de couleur restauré par le RADD à l’issue des Causeries Paysannes

Les Cases de Semences Paysannes sont un début de réponse à la question politique posée plus haut. Elles doivent continuer à multiplier et à conserver ces semences traditionnelles au long cours. On a par exemple le cas d’une variété d’arachides « Angwabinong » introduite à MBENOA, depuis 1952, qui abrite par ailleurs la CSP éponyme. Ses vertus culinaires sont bien connues au-delà de la contrée. Les agriculteurs doivent poursuivre leurs inlassables efforts de conservation, de multiplication, de promotion de la semence paysanne et de sa protection contre les prédateurs, d’où qu’ils viennent, malgré le fallacieux prétexte de « patrimoine commun de l’humanité »

En attendant la réponse des décideurs publics et politiques, les populations à la base doivent défendre bec et ongle leurs semences paysannes, lourd héritage socio-culturel, cultuel et alimentaire.