Pendant cinq jours à Grand-Popo, des femmes rurales venues de plusieurs pays d’Afrique francophone ont partagé leurs réalités, leurs luttes et leurs solutions pour construire une agriculture plus juste et inclusive. Entre échanges d’expériences, témoignages inspirants et réflexions stratégiques, la participation du RADD à cet atelier de la PSA a permis de mettre en lumière le rôle central des femmes dans la souveraineté alimentaire, tout en renforçant les dynamiques de réseau, de formation et de plaidoyer au service de leur émancipation.
Le RADD (Réseau des Acteurs du Développement Durable) s’implique activement dans la promotion et la sauvegarde des Systèmes Semenciers Paysans (SSP) à travers l’initiative des cases de semences paysannes. Dans cette dynamique, l’organisation a pris part à la 9ᵉ édition du Salon International de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de Yaoundé (SIALY), tenu du 23 au 29 juin 2025 à l’esplanade du Musée National.
Cette participation répondait à un objectif central : faire découvrir au grand public des semences ancestrales que nos aïeux utilisaient autrefois et qui, aujourd’hui, sont menacées de disparition. Ce sont ces variétés précieuses que le RADD s’efforce de conserver, de multiplier et de remettre entre les mains des producteurs et des communautés locales.
2. DÉROULEMENT DU SALON
Une ouverture festive et colorée
Les portes du SIALY 9ᵉ édition se sont ouvertes dans une ambiance chaleureuse, animée par des danses traditionnelles. Mme MOTO, promotrice de l’événement, a conduit une visite guidée des stands, offrant un aperçu de la diversité des exposants présents : des multinationales de l’agroalimentaire côtoyaient des innovateurs en agroécologie, des agroforestiers, des artisans du textile venu du Burkina Faso et des transformateurs artisanaux de produits agricoles.
Le stand du RADD : un espace qui attire la curiosité
Parmi les exposants les plus remarqués, le RADD a su attirer l’attention d’un large public grâce à un stand riche, coloré et original. Symbole de la souveraineté semencière, nutritionnelle et alimentaire, ce stand proposait une collection impressionnante de semences paysannes rares, accompagnées de produits transformés issus de ces variétés.
Parmi les semences exposées, on pouvait admirer :
Plusieurs variétés de maïs (rouge, noir, blanc et jaune), inhabituelles et visuellement saisissantes ;
Une vingtaine de variétés d’arachides ;
Des haricots, de la morelle noire, de l’amarante, des échalotes rouges et blanches ;
Du gombo, du sésame, de la pistache, du keleng keleng, du riz ;
Et bien d’autres variétés souvent méconnues du grand public.
Un public varié et enthousiaste
Plus d’une centaine de visiteurs ont fait halte au stand du RADD durant les sept jours du salon. Parmi eux : des étudiants, des chercheurs, des enseignants universitaires, des agriculteurs, et même des enfants. Leurs questions témoignaient d’une curiosité sincère :
Où ces semences sont-elles cultivées au Cameroun ?
Peut-on les trouver facilement si on en a besoin ?
Sont-elles disponibles en quantité suffisante pour les producteurs ?
L’un des moments les plus marquants de la semaine fut la rencontre avec une enseignante en Génétique à l’Université de Maroua. Jamais elle n’avait vu de maïs de couleur rouge de toute sa vie. Sa surprise était visible, et c’est avec une joie non dissimulée qu’elle a récupéré quelques épis pour les utiliser dans ses recherches génétiques. Cet épisode illustre à lui seul l’importance de ce que préserve le RADD.
3. SUGGESTIONS DES VISITEURS
Les visiteurs n’ont pas manqué de faire part de leurs idées pour renforcer la visibilité et l’impact du travail du RADD sur les semences paysannes :
Créer une plateforme numérique pour promouvoir et diffuser les semences paysannes ;
Réaliser des analyses génétiques sur les variétés locales afin de mieux les documenter et les valoriser ;
Organiser des mini-foires locales d’exposition pour rapprocher ces semences des communautés rurales ;
Inscrire les cases de semences paysannes dans le réseau de la Chambre d’agriculture ;
Regrouper les productrices d’échalotes en groupes structurés afin de les connecter au programme échalote du MINADER, coordonné par le Conseiller Technique 2 (CT2).
4. DIFFICULTÉS RENCONTRÉES
Malgré la réussite globale de cette participation, plusieurs difficultés ont pénalisé les exposants :
Les stands ont été attribués tardivement, générant des tensions avec le comité d’organisation et un manque de place pour les exposants ayant de nombreux produits à présenter ;
Les stands disponibles étaient trop étroits pour valoriser convenablement l’ensemble des semences exposées ;
Les frais de transport et de vie alloués aux exposants étaient insuffisants. Certains jours, il a fallu faire une partie du trajet à pied pour économiser et assurer la présence au stand le lendemain, avec les risques que cela comporte.
5. RECOMMANDATIONS À L’ÉQUIPE RADD
Fort de cette expérience, voici ce que nous recommandons pour les prochaines participations du RADD à des foires et salons :
Acquitter les frais d’un stand payé à l’avance pour bénéficier d’un meilleur emplacement et d’une plus grande visibilité ;
Participer activement aux tables de discussion et conférences du salon en proposant des thèmes liés aux SSP, pour faire connaître le positionnement du RADD sur les semences paysannes ;
Organiser des échanges interactifs directement dans le stand avec les visiteurs intéressés ;
Préparer de petits sachets de semences à offrir aux visiteurs curieux, pour qu’ils puissent les expérimenter dans leurs exploitations ;
Augmenter les frais de vie et de transport alloués aux exposants du RADD pour garantir leur sécurité et leur bien-être tout au long de l’événement.
Cette participation au SIALY 2025 a confirmé que les semences paysannes suscitent un intérêt grandissant dans notre société. Le travail de sauvegarde et de vulgarisation mené par le RADD est non seulement utile, mais indispensable. Chaque visiteur curieux, chaque chercheur émerveillé, chaque agriculteur informé représente une victoire pour notre souveraineté alimentaire et la biodiversité agricole du Cameroun.
Du 12 au 16 août 2025, le RADD a représenté le Cameroun et l’Afrique Centrale à une formation régionale organisée par l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA). Cette rencontre s’est tenue au centre Seed Savers Network, situé à Gilgil, au Kenya.
L’objectif était clair : outiller de jeunes leaders africains pour qu’ils deviennent des acteurs de changement dans la défense des semences paysannes et la promotion de la souveraineté alimentaire sur tout le continent.
CE QUE NOUS AVONS APPRIS ET VÉCU
1. Mieux comprendre les enjeux des semences paysannes
La formation a permis d’approfondir la réflexion sur ce que représentent vraiment les semences paysannes non seulement comme outils de production, mais comme piliers de notre identité, de notre autonomie et de notre résilience face aux crises alimentaires et climatiques.
Comprendre en profondeur les menaces qui pèsent sur les systèmes semenciers paysans (SSP) ;
Prendre conscience du rôle stratégique que les jeunes Africains peuvent jouer dans la défense de la souveraineté alimentaire ;
Analyser les défis propres au contexte camerounais et centrafricain.
2. Développer des compétences concrètes
Au-delà des connaissances théoriques, les participants ont acquis des outils pratiques pour agir sur le terrain et dans les espaces de décision :
Méthodes d’innovation et d’action collective pour mobiliser les communautés rurales ;
Techniques de plaidoyer pour influencer les politiques nationales sur les semences ;
Outils pratiques pour organiser des forums et foires agricoles à fort impact.
3. Des témoignages venus de tout le continent
L’un des moments les plus forts de la formation a été le partage d’expériences entre participants jeunes chercheurs, agriculteurs, communicateurs et militants. Trois grands thèmes ont structuré ces échanges :
Les effets concrets des lois restrictives sur les semences dans différents pays africains ;
Les conséquences de ces politiques sur la jeunesse rurale et les petits agriculteurs ;
Les stratégies de résistance face à la main mise croissante des entreprises agro-industrielles sur les semences africaines.
4. La citation qui a tout dit
« Celui qui a la semence a la vie. »— Dr Sarah Olembo
Cette formule porte un message fondamental : protéger nos semences, c’est protéger la vie elle-même. C’est aussi affirmer que ceux qui contrôlent les semences contrôlent ce que nous mangeons, et donc notre avenir.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
La souveraineté semencière : de quoi parle-t-on ?
La souveraineté semencière, c’est le droit pour les agriculteurs de conserver, d’échanger, d’utiliser et de multiplier librement leurs propres semences. C’est un pilier essentiel de la souveraineté alimentaire. Concrètement, cela signifie :
Que les petits agriculteurs ne dépendent pas des semences industrielles vendues chaque saison par des multinationales ;
Que les variétés locales, adaptées aux sols et aux climats africains, sont préservées et transmises de génération en génération ;
Que notre patrimoine génétique et culturel agricole reste entre nos mains.
Ce que fait l’AFSA pour changer les choses
L’AFSA mène deux initiatives majeures présentées durant la formation :
La campagne « Seed is Life »
Défendre les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs eux-mêmes ;
Faire reconnaître et protéger les droits des agriculteurs sur leurs semences dans les législations nationales.
La construction d’un réseau de jeunes leaders africains
Impliquer activement la jeunesse dans la transition vers des systèmes alimentaires durables ;
Préserver la biodiversité agricole comme condition du développement durable de l’Afrique.
CE QUE NOUS ALLONS FAIRE MAINTENANT
Cette formation n’est pas une fin en soi. Elle doit se traduire en actions concrètes sur le terrain camerounais et centrafricain. Voici les priorités identifiées :
Organiser des forums et foires nationaux dédiés aux SSP et à la souveraineté alimentaire, pour diffuser les apprentissages de cette formation ;
Participer aux événements régionaux et internationaux sur les semences, pour que la voix du Cameroun et de l’Afrique Centrale continue de se faire entendre ;
Développer des outils de plaidoyer adaptés à notre contexte : fiches, guides, supports de sensibilisation destinés aux communautés locales et aux décideurs.
CONCLUSION
La formation de l’AFSA au Kenya a été bien plus qu’un événement de renforcement de capacités. C’est une expérience transformatrice qui a confirmé une conviction : les jeunes africains ont un rôle central à jouer dans la défense de nos semences et de notre souveraineté alimentaire.
Trois acquis majeurs à retenir :
Une compréhension plus fine des enjeux stratégiques des systèmes semenciers paysans ;
Des compétences concrètes en leadership et en plaidoyer, prêtes à être mobilisées sur le terrain ;
Un réseau continental de jeunes engagés, désormais connectés et coordonnés autour d’une même cause.
Le RADD s’engage à capitaliser sur cette expérience et à la mettre au service des communautés rurales du Cameroun et de toute l’Afrique Centrale.
Du 27 février au 1er mars 2026, Essé a vibré au rythme des semences paysannes avec la 6ᵉédition de la Foire des Semences Paysannes d’Afrique Centrale (FOSPAC6). Organisée par le RADD avec le soutien de partenaires tels que EPER Suisse, ACJM, FIAN International, AgroEcology Fund, AFSA, SAILD, ISSAHE et CRAPAC, cette rencontre a rassemblé acteurs ruraux, femmes agricultrices et représentants des collectivités locales autour d’un objectif commun : préserver et valoriser le patrimoine génétique local.
Placée sous le haut parrainage du Ministre de l’Agriculture, représenté par le Sous-préfet d’Essé, et soutenue par les ministères du Commerce et de la Promotion de la Femme et de la Famille, la FOSPAC6 a mis en lumière le rôle central des communes dans la sauvegarde des semences paysannes.
Le thème de cette édition :« Les Cases Communautaires des Semences Paysannes, creuset de la sauvegarde du patrimoine génétique local : quelle implication des communes ? » incitait à réfléchir sur la manière dont les collectivités peuvent soutenir les systèmes semenciers paysans, piliers d’un développement rural résilient et durable.
Les recommandations et résultats de la FOSPAC6 sont désormais disponibles ! Découvrez comment protéger les semences, renforcer le rôle des femmes et soutenir les communautés rurales.
À l’issue de la cinquième édition de la Foire des Semences Paysannes d’Afrique Centrale (FOSPAC), tenue du 21 au 23 février 2025 à Esse, le RADD met à la disposition du public le rapport officiel de l’événement. Ce document retrace les différentes étapes de l’organisation de cette grande rencontre sous-régionale dédiée à la promotion des systèmes semenciers paysans.
Le rapport présente notamment lestravaux préparatoires, le déroulement des activités, la participation des acteurs venus du Cameroun et d’autres pays africains, ainsi que les principales innovations et enseignements tirés de cette édition. Il met également en lumière la diversité des semences paysannes exposées, les échanges d’expériences entre producteurs, chercheurs et organisations partenaires, ainsi que les perspectives pour renforcer la souveraineté alimentaire et la préservation de la biodiversité agricole.
Ce rapport constitue ainsi une ressource importante pour tous les acteurs engagés dans la promotion et la protection des semences paysannes en Afrique centrale.
Le HUB COP30 RADD CAMEROUN, encore appelé HUB de résistance, crée un espace d’expression pour les femmes rurales dont l’activité principale qui est l’agriculture se trouve fortement déstabilisée par le changement climatique. L’activité à été impulsée par AWID, une organisation féministe mondiale. Pendant 3 jours, plus 100 femmes du Cameroun ont analysé les causes, les effets, les impacts des changements climatiques sur leur quotidien. Dans une ambiance studieuse et conviviale, elles ont élaboré des stratégies et des solutions appropriées pour s’adapter au changement climatique qu’elles ont consigné dans une déclaration commune. Le RADD et la COFECCC remercient AWID, l’ACJM, la Sanaga Camping Beach et tous les partenaires qui ont rendu possible cette belle initiative.
L’Agro-industrie désigne l’ensemble des entreprises industrielles qui fournissent des biens à l’agriculture (engrais, pesticides, machines) et de celles qui transforment, élaborent et conditionnent les produits agricoles (industrie agroalimentaire) Autrement dit, elle regroupe les activités de production, de transformation et tout autre activité fournissant des intrants à la production/transformation des produits agricoles.
L’article a pour objectif d’analyser la prise en compte des piliers du développement durable par les agro-industries au Cameroun A cet effet, la présente recherche est centrée sur 4 agro-industries que le RADD peut valablement analyser car il accompagne depuis des années, les associations de femmes riveraines qui leur opposent une résistance farouche Il s’agit de SOSUCAM, HEVECAM, SOCAPALM, et SUDCAM-HEVEA
Dans cet article, le RADD démontre que les agro-industries constituent dans leur essence, un frein au développement durable des communautés riveraines qui pourvoyeuses de terres
Chers acteurs du monde rural, paysans, chercheurs, universitaires du Cameroun et d’ailleurs, la FOSPAC 6 aura bel et bien lieu au Cameroun, l’Afrique en miniature, le « Continent », du 28 février au 1er mars 2026 pour pérenniser cette dynamique de promotion de la Semence Paysanne lancée par le RADD depuis 2020. Et depuis 2021, la FOSPAC est organisée dans ce sens. Et en 5 ans, des résultats sont encourageants. Tenez ! 8 cases de semences paysannes sont créées avec des équipes de gestionnaire installées. Une douzaine est en cours de création à travers le pays. Ces cases servent à conserver et à sauvegarder la semence paysanne. Nous invitons donc les Administrations, les ONGs, tous ceux qui pensent comme le RADD, que la semence paysanne est un pilier pour le développement des systèmes alimentaires sains et durables, à s’investir pour la réussite de ce grand rendez-vous des jeunes, des vieux acteurs du monde agricole afin d’assurer la souveraineté semencière et alimentaire à tous. Nous lançons un plaidoyer à l’endroit de nos États pour la défense des droits des paysans ; un plaidoyer pour dire non à l’UPOV.. Nous restons convaincus que nous aurons un monde sans effets néfastes du changement climatique grâce à une agriculture resiliente, biologique, saine, sans engrais chimiques de synthèse. Sauvegardons nos systèmes semenciers paysans, pillier de l’agroecologie paysanne pour une agriculture durable, pour des aliments sains et une bonne santé.
Le présent rapport constitue une évaluation post-distribution réalisée par L’AYEM (Association Yembarack En Marche), afin d’évaluer l’état des plants, l’appropriation de leur culture par les bénéficiaires ainsi que les impacts environnementaux et socioéconomiques de cette initiative.
Le lundi 20 Octobre 2025 dès 10h s’est ouvert l’atelier organisé par AFSA pour outiller les représentants des organisations paysannes venus de 10 pays d’Afrique Centrale sur un instrument en cours d’adoption le protocole sur les droits de propriété intellectuelle de la Zone Africaine de Libre Echange (ZLECAF), le système multilatéral (MLS) défini par le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (TIRPAA), le mécanisme d’Accès et de Partage des Avantages (APA) du protocole de Nagoya et les Informations sur le Séquençage Numérique (ISN). L’atelier qui s’est déroulé durant deux jours dans la salle de conférence de l’Hotel Paradisia de Cotonou avait pour objectif de renforcer les connaissances et les capacités de plaidoyer des organisations d’agriculteurs afin qu’elles puissent s’engager de manière éclairée et significative sur ces instruments et processus.
La première journée de l’atelier a débuté par l’accueil et l’installation de la trentaine de participants présents dans la salle, suivi d’un mot d’ouverture de M. FAMARA, coordonnateur de programme dans l’organisation AFSA en charge de l’organisation de l’atelier, et le mot de bienvenue de M. Patrice SAGBO qui a joué un rôle important de facilitateur pour la logistique. Par la suite, la parole a été donné à un responsable du Ministère de l’environnement du Bénin, Point Focal honoraire Bénin du TIRPAA pour le mot d’ouverture et de lancement officiel de l’atelier. Une fois le programme validé par tous les participants, on a procédé à la traditionnelle photo de famille suivi de la pause déjeuner.
De retour de la pause, les travaux ont pu débuter avec la première présentation de M. FAMARA sur les implications de la ZLECAF pour les systèmes semenciers paysans et la souveraineté alimentaire en Afrique.
La présentation s’adossait sur un rapport de AFSA publié en août 2024 intitulé « déballage du protocole de la ZLECAF sur les Droits de Propriété Intellectuelle (DPI) ». En résumé, la ZLECAF dont le texte a été ratifié par 54 Pays Africains est entré en vigueur le 21 mars 2018. Elle vise à stimuler le commerce intra-africain et la transformation économique à travers la création d’un marché unique de biens et de services libéré des droits de douane et des barrières non tarifaires. Un tel marché représente une opportunité pour l’agriculture africaine car selon les prévisions, elle pourrait permettre de stimuler les échanges intra africain dans le marché agricole de 574% d’ici 2020, favoriser un marché unifié pour les intrants agricole et booster la recherche et le développement dans le domaine de l’agroécologie. Cependant de nombreux risques demeurent et génèrent des craintes pour les systèmes semenciers paysans et la souveraineté alimentaire en Afrique. Il s’agit de l’absence de cadre juridique unifié qui promeut et protège les droits des paysans sur leurs semences dans les pays africains, de l’absence d’un régime commercial simplifié et surtout adapté aux petits exploitants agricoles.
Pour ce qui est du protocole DPI, dans un sens, il représente une opportunité car il pourrait offrir plus de choix aux agriculteurs en termes de semences, sauvegarder les savoirs traditionnels associés aux semences paysannes, et renforcer le système de protection des semences et la souveraineté semencière puisqu’il oblige les obtenteurs à divulguer l’origine du matériel génétique qu’ils ont exploité. Cependant compte tenu du fait que l’Union de Protection des Obtentions Végétales et par extension l’ARIPO et l’OAPI ont largement façonné ce protocole, il est possible d’envisager qu’il va plus favoriser les entreprises semencières que les paysans. Ce d’autant plus que le protocole ne définit pas de manière précise les droits des paysans, ne les protège pas contre la biopiraterie et ne prévoit pas suffisamment de mécanismes de recours pour les communautés et les petits exploitants agricoles en cas de violation de leurs droits.
A la suite de M. FAMARA, le Dr. Mame Codou GUEYE, Chercheure à l’Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA) a fait une présentation sur la signification du protocole de la Zlecaf sur les DPI en matière de semences et résultats des consultations au Sénégal.
Le Dr GUEYE a introduit son propos en présentant de manière sommaire le système semencier du Sénégal qui est constitué à 80% de semences paysannes. Elle a rappelé l’importance des semences paysannes pour la souveraineté alimentaire et l’identité culturelle des communautés mais elle a pointé du doigt le fait ces semences sont exclues du cadre juridique défini par la Loi N°94-81 du 23 décembre 1994, relative à l’inscription des variétés, à la production, à la certification et au commerce des semences ou plants et ses trois décrets d’application (tous en date du 17 juin 1997) qui s’arriment à la règlementation de l’UEMOA et de la CEDEAO en la matière (resp. C/REG.4/05/2008, N°3/2009/CM/UEMOA), l’UPOV et l’OAPI avec le protocole DHS. Fort de ce constat et du fait pour que les semences paysannes passent d’un marché de niches à un marché industriel, elles doivent remplir des critères de qualité, elle a insisté sur l’importance de les identifier, caractériser et cataloguer selon un processus scientifique rigoureux. C’est dans ce sens que l’ISRA a entamé une étude visant à procéder au catalogage des semences paysannes suivant le protocole DHS défini dans la loi et approuvé par l’UPOV. Les expérimentations sur deux espèces, le fonio et l’aubergine africaine ont démontré que ces espèces sont distinctes, présentent une certaine homogénéité et elles sont stables. Le Dr a conclu qu’il est parfaitement possible d’inscrire les semences paysannes dans le même catalogue que les semences certifiées ce qui a suscité de vives réactions lors des échanges beaucoup estimant que c’était un peu plus déposséder les communautés locales de leurs semences. De manière générale, la création d’un système de d’identification, de caractérisation et de catalogage propre aux SSP a été beaucoup évoqué par l’assistance.
Par la suite, les participants ont pu également s’exprimer sur la proposition de AFSA en ce qui concerne le protocole ZLECAF avant de se rendre à la pause. Elle s’articule en 5 points : la Reconnaissance des droits des agriculteurs au même titre que ceux des obtenteurs ; la préservation de la souveraineté des États et la protection des pays les moins avancés (PMA) ; l’inclusion des variétés paysannes et locales dans le système de protection (le point le plus contesté car il s’agit de s’arrimer au système UPOV) ; la limitation des restrictions et des sanctions à l’encontre des agriculteurs ; la transparence, le partage des avantages et la protection des savoirs traditionnels.
L’après-midi a été particulièrement chargée avec trois présentations successives. La première était une présentation par visioconférence du Dr. SOULAMA Soungalo sur le TIRPAA et les enjeux du Système Multilatéral (SM). Elle a été difficile à suivre en raison des lenteurs de la connexion internet qui ont affecté la qualité de la visioconférence toutefois il en ressort les éléments suivants :
Le système multilatéral du TIRPAA ne concerne que les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (RPGAA) et repose sur l’interdépendance entre les parties à l’échelle nationale comme internationale.
Il met en commun 64 espèces dont 35 cultures et 24 fourrages définies à l’annexe 1 du TIRPAA.
L’accès aux ressources génétiques est facilité à travers le SM par deux instruments : l’Accord Type de Transfert de Matériel (ATTM) et l’Accord de transfert de Matériel (ATM).
Le système multilatéral est en voie d’amélioration. Un groupe de travail a été créé dans ce sens pour « instaurer une sécurité juridique, une simplicité administrative et une transparence pour tous les participants au Système multilatéral »
Ce groupe de travail s’est penché sur trois aspects : l’extension de l’annexe 1 du TIRPAA, la structure et le barème des paiements et l’Information de séquençage numérique.
L’intervention du Dr. a fait l’objet de quelques questions mais a dû être écourtée en raison des lenteurs de la connexion internet.
Le COPAGEN, représenté par Jean Paul SIKELI de la Côte d’ivoire, a une présenté sur les enjeux du mécanisme d’accès et de partage des avantages du protocole de Nagoya.
Les ressources génétiques sont vitales pour l’agriculture et toutes les activités apparentées. Elles sont liées à la culture et l’histoire des peuples. Avant la Convention sur la Diversité Biologique, les ressources génétiques faisaient partie du patrimoine commun de l’humanité ce qui rendait leur accès libre et empêchait tout partage éventuel des avantages. Cela a été formalisé dans un texte non contraignant de la FAO intitulé l’engagement international, et a fait l’objet de tensions entre les pays du Nord utilisateurs et les pays du Sud détenteurs ressources génétiques. La CDB est venue marquer un changement majeur en proclamant la souveraineté des Etats sur leurs ressources génétiques. Elle reconnait également le rôle capital des communautés autochtones et locales sur la préservation des ressources génétiques et l’importance de valoriser les savoirs traditionnels. La CDB poursuit globalement trois objectifs : Conservation, utilisation durable des ressources et le partage juste et équitable des avantages (APA).
C’est ce dernier objectif qui justifie l’adoption du protocole de Nagoya qui vise à faciliter l’accès aux ressources génétiques au profit des chercheurs et autres sélectionneurs en quête de matériel génétique et garantir le partage juste et équitable des avantages qui découlent de leur utilisation. Concrètement le partage définit la relation entre l’utilisateur et le fournisseur. Pour exploiter le matériel génétique l’utilisateur doit obtenir Consentement préalable et éclairé donné en connaissance de cause qui prends la forme d’une autorisation délivrée par l’Etat. Par la suite, il doit convenir avec les communautés de Conditions Convenues d’un Commun Accord pour le partage juste et équitable des avantages générés à partir de cette utilisation. Ces avantages listés dans le protocole de Nagoya, peuvent être d’ordre monétaires comme non monétaires. Pour le formateur, les enjeux liés au mécanisme APA peuvent bénéfiques (Partage des redevances, le transfert de technologies, l’utilisation durable des ressources génétiques) mais ne sont pas à l’avantage des pays africains pour les raisons suivantes :
Obstacles liés à la capacité limitée des communautés autochtones et locales : marginalisation des communautés dans les processus de prise de décision, manque d’information à une information claire, documentation non accessible pour des raisons de langue,
Faible capacité institutionnelle des Etats
Risques de biopiraterie car le champ du protocole de Nagoya est très large
Pour conclure, L’APA est l’officialisation de la marchandisation du vivant. Il fonctionne comme un couteau à double tranchant. Ce qui pose de nombreuses questions quant à sa pertinence au niveau africain. Doit-on valider ce mécanisme en Afrique au vu des déséquilibre dans les rapports Nord-Sud ? peut-on les sacrifier sur l’autel du libre-échange ?
Pour le COPAGEN, les autorités des pays africains doivent assurer la préservation des ressources génétiques par des lois. Elles doivent exploiter l’ouverture de l’accord de Marrakech pour définir des systèmes de protection de ressources génétiques adaptées à nos valeurs. Elles doivent investir dans la recherche et développement au profit des CAL, dans la dynamique des rapports Sud-Sud.
Les réactions ont surtout souhaité relever le fait que le mécanisme APA n’est pas dénué d’intérêt pour les Etats Africains. Le problème se situe surtout au niveau de la disponibilité des fonds destinés au partage des avantages et de la redistribution équitable de ces avantages aux communautés.
La dernière présentation de la journée a été effectué par M. SILGA Lucien Omer Wendyahoda, du Burkina Faso. Il a entretenu l’assistance sur les enjeux sur les Informations de Séquençage numérique (DSI).
L’ISN (DSI) provient de la numérisation de l’information contenue dans le matériel génétique des organismes vivants (plantes, animaux, micro-organismes, etc.). Cette information correspond aux séquences d’ADN, d’ARN ou d’acides aminés, traduites en données numériques à l’aide de techniques de séquençage. Cette technique présente plusieurs enjeux au niveau scientifiques et technologiques ; économiques et stratégiques ; juridique et éthique ; politiques et géopolitiques.
Au niveau scientifique et technologique les ISN favorisent le progrès scientifique et technologique à travers l’accélération de l’innovation et le partage des données ;
Au niveau économique et stratégique, elles entrainent une concentration du pouvoir technologique entre les mains des pays du Nord, la création d’un marché international de données génétiques et l’érosion du partage des avantages ;
Au niveau juridique et éthique, les ISN évoluent en l’absence de véritable régulation internationale ou nationale ce qui peut avoir un impact négatif sur les droits des agriculteurs et des communautés locales.
Au niveau politique et géopolitique, des tensions existent entre le Nord qui souhaite exclure les ISN de la CDB, et des mécanismes APA et le Sud qui souhaite qu’elles en fassent partie.
Pour SILGA, il faut une refondation du droit international de la biodiversité en définissant le statut juridique des ISN et une mise en œuvre des recommandations de la COP16 de la CDB en novembre 2024, qui avait abouti à l’adoption les modalités de mise en œuvre du mécanisme multilatéral de partage des avantages découlant de l’utilisation de l’information de séquençage numérique et du fonds y afférent dénommé fond Cali. Par ailleurs, Il faut que les Etats africains garantissent leur souveraineté sur ces données par la création des infrastructures adaptées de stockage et de séquençage des données et la maitrise de ces nouvelles technologies.
Les réactions, nombreuses malgré l’heure tardive, ont essentiellement porté sur l’urgence de se positionner en ce que concerne cette technologie qui représente un risque pour les droits des paysans et des communautés sur leurs semences étant que nos Etats n’en auront pas la maitrise et que le cadre international restera flou.
Avec cette dernière présentation s’est achevée la première journée d’atelier, extrêmement enrichissante.
Journée de clôture
La deuxième et dernière journée de l’atelier était consacrée aux actions à mener au niveau national et international. Elle a débuté par un partage d’expérience des points Focaux TIRPAA du Cameroun, du Niger et du Bénin sur ce qui se passe lors des réunions internationales. Ils ont surtout mis en avant le manque de préparation des Etats pour la participation à ces réunions internationales, le manque de ressources allouées aux points focaux que ce soit au niveau international ou au niveau national et les difficultés pratiques qu’il rencontre lors des négociations.
Par la suite, les participants ont été divisé en groupe de travail constitué selon la nationalité des participants. Ainsi nous avons rejoint le groupe composé des participants venus du Cameroun, du Tchad et de la République Centrafricaine, soit 5 personnes. Comme souvent nous avons été désignés rapporteur du groupe et les échanges ont duré 40 minutes.
Ci-dessous les résultats du groupe de travail qui ont été présenté et dont la majeure partie a été approuvé par AFSA et les autres participants.
Pays
Situation-s à changer (problème-s)
Objectif-s
Activités
Responsable (s)
GROUPE CRT
Cameroun, République Centrafricaine etTchad
Protocole DPI : Le monopole du système UPOV, ARIPO dans le marché de la ZLECAFLes dysfonctionnements de l’intégration sous-régionale
Protocole DPI : La promotion et la protection des systèmes semenciers paysans et l’équité dans les échanges au niveau sous-régional
Protocole DPI : Mettre en place des cases de semences paysannes et les banques de semence (a minima au niveau national)Organiser des foires semencières Mettre en place de comités paysans d’identification, de caractérisation et catalogage des semences Créer une base de données sécurisée sur les savoirs traditionnelles
MLS TIRPAA : La méconnaissance du MLS par les principaux acteurs (chercheurs, paysans) L’absence de répertoires actualisés des RPGAA disponiblesManque d’infrastructures de conservation (promouvoir les banques de semences communautaires et nationales)Faible partage des informations (traité et MLS) Le manque de financement (pour mener des actions communes et efficaces)Faible collaboration des administrations avec les organisations de la société civile et les communautés locales à la base Absence de mesures nationales pour la mise en œuvre du MLS
MLS TIRPAAObjectif 1 :Mettre en place des mécanismes de vulgarisation du TIRPAA (réunions, rapports, études, articles etc) Organiser les campagnes de sensibilisation auprès des instituts de rechercheObjectif 2 :Plaider pour l’opérationnalisation du poste de point focal Objectif 3 : Organiser des rencontres de concertation des acteurs impliqués dans la gestion des RPGAACréer de plateformes et de réseaux nationaux et sous régionaux Plaider pour la révision des lois semencières
PF TIRPAA, RADD, PROPAC
APA NAGOYA Manque de clarté du mécanisme de partage des avantages Faible mise en œuvre globale du protocole au niveau national Manque d’efficacité du mécanisme de partage des avantages
APA NAGOYAObjectif 1 : Plaider pour la concrétisation des droits des paysans dans le cadre de l’APA (Campagne de sensibilisation, point presse etc.) Objectif 2 : Organiser des réunions avec les administrations pour attirer leur attention sur l’importance de définirdes mesures nationales (étude, rapports)
RADD, AFSA
DSI Organiser des sessions de formation à l’attention des administrations concernées sur l’INS et ses enjeux Encourager l’orientation de la recherche vers les DSI
RADD, PROPAC, PF TIRPAA (En appui)
DSI L’absence d’infrastructures de stockage et de séquençage Transfert de technologie inexistant Manque de financement par les EtatsCadre juridique non opérationnel Manque d’expertise dans le domaine
MLS TIRPAA Objectif 1 : Renforcer les capacités techniques et opérationnelles des acteurs Objectif 2 : Améliorer le mode de fonctionnement des points focaux Objectif 3 : Renforcer l’implication des institutions concernées dans la mise en œuvre du TIRPAA
APA :Objectif 1 : Améliorer le mécanisme de partage des avantages Objectif 2 : Encourager les Etats à définir des mesures nationales APA
DSI : Encourager les Etats à investir dans l’INS
Suite au passage de tous les groupes, la cérémonie de clôture a pris le relais avec les mots de M. FAMARA, de M. SAGBO, du Point Focal du TIRPAA Bénin, et de Mme. La représentante du Ministre du Commerce du Bénin pour marquer la clôture effective des travaux.
Le reste de la journée libre a été ponctuée par la visite de la place de l’amazone et un diner dans un restaurant proposant uniquement des spécialités culinaires à base de poissons.
Bilan et recommandations
La participation à l’atelier de renforcement des capacités des organisations paysannes sur le protocole annexe de la ZLECAF relatif aux Droits de Propriété Intellectuelle (DPI), au Système Multilatéral (MLS), à l’accès et au partage des avantages (APA) et aux informations sur le séquençage numérique (INS) a été un moment de découverte, de partage, d’échange et de gain d’expérience. Nous en retirons du positif pour la reconnaissance des systèmes semenciers paysans et la souveraineté alimentaire en Afrique. Il faut impérativement :
Intégrer le plan d’action de l’atelier au plan d’action du RADD sur la souveraineté alimentaire ;
Vulgariser le protocole DPI, le SM du TIRPAA, le mécanisme APA du protocole de Nagoya et les ISN à travers des publications et des podcasts ;
Réfléchir au positionnement stratégique du RADD pour chacun de ces instruments en résonance avec AFSA ;
Favoriser la synergie entre les participants à cet atelier.