Le bassin du Congo constitue un espace écologique et climatique majeur, caractérisé par une grande richesse forestière, hydrique et biologique ainsi que par des savoirs développés par les communautés qui y vivent. Cependant, cette richesse est confrontée à plusieurs vulnérabilités : changement climatique, dégradation des terres, perte de biodiversité, insécurité alimentaire, pauvreté rurale et inégalités d’accès aux ressources productives.
Face à ces défis interdépendants, il ne suffit plus de chercher uniquement à augmenter la production agricole. Il est également nécessaire de réfléchir aux modes de production, aux personnes qui bénéficient des ressources et de la production, à leur participation aux décisions et aux conséquences sociales et environnementales des modèles agricoles.
Dans ce contexte, l’agroécologie apparaît comme une approche globale permettant de rapprocher production agricole, protection de l’environnement, justice sociale, savoirs locaux et besoins alimentaires. Elle peut ainsi contribuer à l’inclusion sociale, à la construction de systèmes alimentaires durables, à la protection de la biodiversité et des semences paysannes, ainsi qu’à la justice climatique. Une attention particulière doit être accordée aux petits producteurs, aux femmes, aux jeunes et aux communautés locales et autochtones. Le rôle du RADD dans la sensibilisation à l’érosion des semences paysannes constitue également un élément important de cette transition.
1. L’AGROÉCOLOGIE : UNE APPROCHE GLOBALE
L’agroécologie intègre les principes écologiques et sociaux dans la conception et la gestion des systèmes agricoles et alimentaires. Elle cherche à améliorer les relations entre les plantes, les animaux, les humains, les sols, l’eau et les écosystèmes, tout en favorisant l’équité sociale et la justice alimentaire.
Elle repose notamment sur la diversification des cultures, la restauration des sols, la valorisation des semences locales, la protection de l’eau, l’agroforesterie, le recyclage de la matière organique, la réduction de certaines dépendances aux intrants extérieurs, la valorisation des savoirs locaux et la participation des communautés.
2. L’AGROÉCOLOGIE COMME LEVIER D’INCLUSION SOCIALE
L’agroécologie place les populations au centre des systèmes agricoles et alimentaires. Les petits producteurs, les femmes, les jeunes et les communautés locales disposent de connaissances importantes sur les sols, les saisons, les semences et les pratiques culturales. Leur participation doit être réelle dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des solutions.
Les petits producteurs doivent être considérés comme des acteurs de connaissance et de transformation. Les femmes doivent bénéficier d’un meilleur accès à la terre, aux semences, à la formation, au financement et aux espaces de décision. Les jeunes peuvent trouver des opportunités dans la production, la transformation, les services numériques agricoles, la commercialisation, la conservation des semences et l’entrepreneuriat vert.
3. CONSTRUIRE DES SYSTÈMES ALIMENTAIRES DURABLES
Un système alimentaire durable doit assurer la disponibilité et l’accessibilité des aliments, leur qualité nutritionnelle et la protection de l’environnement, tout en garantissant la viabilité économique des producteurs.
La diversification des cultures réduit certaines vulnérabilités. Les marchés locaux, coopératives, circuits courts, transformation artisanale et commercialisation directe peuvent renforcer les économies locales. La réduction des pertes après récolte, grâce à l’amélioration du stockage, du séchage, de la transformation et de la conservation, est également essentielle.

4. PROTÉGER LES SEMENCES PAYSANNES
Les semences paysannes représentent bien plus qu’un simple intrant agricole. Elles constituent un patrimoine génétique, une mémoire agricole, un ensemble de savoirs et un héritage transmis entre générations. Leur conservation, leur échange et leur valorisation sont essentiels à la protection de l’agrobiodiversité et à la souveraineté alimentaire.
5. L’APPORT DU RADD À LA PROTECTION DE LA DIVERSITÉ SEMENCIÈRE
L’alerte du Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD) sur l’érosion des semences paysannes contribue au débat sur la transition agroécologique. Le RADD met en évidence le lien entre semences paysannes, biodiversité, alimentation, savoirs locaux, autonomie des producteurs et résilience climatique.
Son action souligne quatre enjeux : protéger la biodiversité agricole, renforcer la souveraineté alimentaire, préserver les savoirs liés aux semences et renforcer la capacité d’adaptation des communautés.
6. AGROÉCOLOGIE ET BIODIVERSITÉ
La biodiversité joue un rôle essentiel dans l’agriculture, notamment pour la fertilité des sols, la pollinisation, la régulation des ravageurs et la diversité des ressources alimentaires. La diversification des cultures, les banques communautaires de semences et l’agroforesterie contribuent à préserver cette diversité et à renforcer la résilience des exploitations.
7. AGROÉCOLOGIE ET JUSTICE CLIMATIQUE
Les effets du changement climatique ne touchent pas toutes les populations de la même manière. Les communautés dépendantes de l’agriculture, des forêts, de l’eau et des ressources naturelles sont particulièrement exposées. La justice climatique suppose de placer ces populations au cœur des solutions et de leur permettre d’accéder équitablement aux moyens d’adaptation. La diversification agricole, l’entretien des sols, l’intégration des arbres, la valorisation des ressources locales et la reconnaissance des savoirs traditionnels y contribuent.
8. PRATIQUES ET CONDITIONS DE LA TRANSITION AGROÉCOLOGIQUE
La transition agroécologique peut s’appuyer sur l’association des cultures, les jardins agroécologiques, les banques communautaires de semences, le compostage, l’agroforesterie et les organisations collectives de producteurs. Elle nécessite aussi un environnement politique, institutionnel, scientifique et économique favorable : politiques cohérentes, recherche connectée aux territoires, accès à la terre, aux semences, à la formation, au financement et aux marchés, reconnaissance des droits des communautés et financement adapté.
9. POUR UNE ALLIANCE AGROÉCOLOGIQUE DANS LE BASSIN DU CONGO
La réussite de la transition nécessite une alliance entre producteurs, organisations paysannes, femmes, jeunes, communautés locales, chercheurs, société civile, pouvoirs publics et partenaires au développement. Le bassin du Congo doit être considéré comme un territoire habité, cultivé, connu et protégé par des communautés dont les savoirs et les pratiques doivent être reconnus.

RECOMMANDATIONS
Aux pouvoirs publics : intégrer l’agroécologie dans les politiques agricoles, alimentaires et climatiques, protéger l’agrobiodiversité, faciliter l’accès aux ressources productives et soutenir la conservation des semences.
Aux organisations de la société civile : renforcer la sensibilisation, accompagner les communautés, promouvoir la participation des femmes et des jeunes et soutenir la conservation des semences paysannes. Aux chercheurs et universités : développer des recherches participatives, renforcer le dialogue entre science et savoirs locaux et documenter les pratiques adaptées aux territoires. Aux producteurs et communautés : renforcer la diversification, développer les initiatives collectives, transmettre les savoirs locaux, protéger les semences paysannes et favoriser la participation des jeunes.
CONCLUSION
L’agroécologie constitue une approche globale capable de répondre simultanément aux enjeux d’inclusion sociale, de sécurité et de souveraineté alimentaires, de protection de la biodiversité et de justice climatique.
Dans le bassin du Congo, sa réussite dépend de la participation des petits producteurs, des femmes, des jeunes et des détenteurs de savoirs traditionnels. L’alerte du RADD sur l’érosion des semences paysannes rappelle que leur protection est indispensable à la biodiversité, aux savoirs locaux, à l’autonomie des producteurs, à la diversité alimentaire et à l’adaptation climatique.
Choisir l’agroécologie revient à promouvoir une agriculture qui nourrit sans épuiser les ressources, une transition qui inclut les communautés et un avenir permettant aux générations futures de cultiver, de se nourrir et de vivre dignement de leurs territoires.
ATSAMA ZE Yvette Épse FOE BILOA
Membre du Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD
