La date du 21 septembre coïncide à l’échelle internationale avec la Journée de lutte contre les monocultures d’arbres. Dans le sud du Cameroun, au cœur du district de Nyiété et plus particulièrement dans le village d’Akom 1, cette journée revêt une signification cruciale. Depuis l’installation en 1975 d’une vaste exploitation agro-industrielle dédiée à la monoculture de l’hévéa, le paysage social, économique et environnemental de la région a été profondément altéré.

Au fil des décennies, l’extension progressive des plantations industrielles a absorbé les forêts ancestrales et réduit considérablement l’accès aux terres arables. Les premières victimes de cet accaparement foncier sont les femmes riveraines et autochtones. Privées de leurs champs traditionnels, il leur est devenu presque impossible de pratiquer l’agriculture vivrière, qui constituait jusqu’alors la base de la subsistance familiale et de la souveraineté alimentaire de leurs communautés.

Cette perte d’accès à la terre a engendré une précarité extrême. Sans ressources foncières pour cultiver la terre et subvenir aux besoins élémentaires de leurs foyers, de nombreuses femmes se sont retrouvées dans une situation de vulnérabilité systémique face à la domination économique de la société d’hévéa.

  • Les enjeux sociaux: Rompre le cercle des abus et restaurer la dignité féminine

La dépossession foncière ne crée pas seulement de la pauvreté économique ; elle altère le tissu social et expose les populations marginalisées à diverses formes d’exploitation. À Nyiété, le manque d’alternatives financières a historiquement placé les femmes dans une position de dépendance critique vis-à-vis des opportunités de travail précaire ou des faveurs accordées autour des concessions agro-industrielles.

Dans ce contexte de vulnérabilité extrême, l’absence de revenus autonomes a parfois contraint des femmes à subir des chantages et des abus, allant jusqu’à devoir céder leur corps en contrepartie d’accès temporaires à des ressources, de menus privilèges ou de moyens de subsistance pour leurs enfants.

Face à cette réalité, la lutte contre l’extension des monocultures d’arbres ne peut se limiter à des discours théoriques ou à des dénonciations environnementales. Elle doit impérativement s’attaquer aux racines de la précarité en offrant aux femmes des leviers concrets pour reconquérir leur indépendance financière, préserver leur intégrité physique et restaurer leur dignité au sein de la société.

  • L’action du RADD et de l’antenne féminine du RAJORNY (Rassemblement des jeunes originaires de Nyiété)

C’est pour répondre directement à ce défi que le Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD) s’est déployé à Akom 1 à l’occasion du 21 septembre. En partenariat avec l’association locale RAJORNY, le RADD a réuni plus de 70 femmes riveraines et autochtones pour un atelier intensif de renforcement de capacités et de transformation agroalimentaire.

Puisque les surfaces cultivables sont désormais extrêmement réduites, la stratégie adoptée repose sur l’optimisation et la valorisation maximale des produits locaux accessibles, principalement le manioc et le plantain. Au cours de cet atelier pratique, les formateurs ont transmis aux participantes des compétences techniques précises pour transformer ces matières premières en produits à forte valeur ajoutée :

Transformation du couscous de manioc en gâteau, ficelles de manioc et beignets soufflés:

Cette diversification permet de transformer des denrées de base en produits transformés commercialisables sur les marchés locaux et urbains, garantissant des marges bénéficiaires nettement supérieures.

  • La journée du 21 septembre à Akom1: Mobilisation, restitution et dégustation

L’événement a suscité une adhésion massive au sein du village d’Akom 1. Plus de 70 femmes, représentant aussi bien les communautés riveraines que les populations autochtones, ont participé activement à l’ensemble des modules théoriques et pratiques.

La détermination des participantes s’est traduite par une présence continue sur le site jusqu’après 18 heures. Malgré la longueur de la journée, les femmes sont restées mobilisées pour assister à l’atelier de restitution complet, au cours duquel les résultats des formations ont été présentés et analysés en groupe.

La journée s’est achevée par une séance de dégustation collective des produits réalisés au cours des ateliers :

  • Les gâteaux et beignets soufflés à base de farine et couscous de manioc ont été évalués pour leur texture et leur goût.
  • Les chips de manioc et de plantain ont été testées pour leur croustillant et leur qualité de conservation.

Cette phase finale a permis de valider la maîtrise technique des recettes par les participantes et de confirmer le potentiel commercial immédiat de ces produits sur le marché local.

Perspectives et impact à long terme — Une autonomie durable pour les communautés

L’initiative menée par le RADD et l’association RAJORNY à Nyiété démontre que la formation technique constitue une réponse efficace à la pression exercée par les grandes monocultures industrielles. En acquérant la maîtrise de la transformation agroalimentaire, les femmes d’Akom 1 ne dépendent plus exclusivement de l’accès à de vastes surfaces agricoles pour générer des revenus.

Les retombées attendues de cette action s’articulent autour de trois axes principaux :

  1. Autonomisation financière : La vente des produits transformés (gâteaux, beignets, chips, ficelles) permet aux femmes de constituer leurs propres fonds de roulement et d’assurer la prise en charge financière de leurs ménages.
  2. Protection sociale et intégrité : L’accès à une source de revenus indépendante élimine la dépendance vis-à-vis des acteurs industriels locaux, protégeant ainsi les femmes contre les abus de pouvoir et le chantage sexuel.

Renforcement de la résilience communautaire : En soutenant les femmes, le RADD renforce la capacité d’adaptation de l’ensemble de la communauté d’Akom 1 face à l’emprise des monocultures d’hévéa.

À travers cette action de terrain, le RADD confirme son engagement aux côtés des populations riveraines, affirmant que la protection des droits humains et la quête de la souveraineté économique restent indissociables de la lutte pour la préservation des terres et des forêts.

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